Tribune
Ali Benmakhlouf : “Pour qu’il suscite l’adhésion, le vaccin doit être présenté comme un bien commun”
© Julien Lienard pour PM ( photo recadrée)
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Professeur de logique et auteur, notamment de La Bioéthique, pour quoi faire ? (PUF, 2013), Ali Benmakhlouf ira se faire vacciner « sans hésitation ». Il estime néanmoins que « l’acceptabilité du risque » dépend en grande partie du niveau d’information disponible au sujet du vaccin. Il est également nécessaire, selon lui, d’articuler « une éthique du devoir et une éthique utilitariste », pour que le grand public puisse adhérer à la campagne de vaccination.
« Je me ferai vacciner, sans hésitation, dès lors que nous aurons accès aux données scientifiques qui ont été transmises par les firmes pharmaceutiques aux différentes agences de santé. On ne peut se contenter de simples effets d’annonce.
La question du choix face à la vaccination repose sur la notion de consentement : à quoi je consens, et comment je consens. Cette notion a été introduite par une loi de 2002 afin de mettre fin au paternalisme médical, selon lequel le médecin saurait mieux que les patients ce qui est bon pour eux. Le consentement revêt une exigence éthique primordiale, puisqu’il s’agit d’exercer son autonomie, mais il requiert dès lors d’être exercé de manière libre et éclairée. Si nous sommes très attachés au caractère libre de l’autonomie, rappelons que celle-ci ne saurait être libre si elle n’est pas éclairée. Or, nous ne sommes pas tous égaux dans l’exercice de notre autonomie. Choisir, c’est souvent choisir en fonction de. Il n’y a pas d’individualités solitaires, et les décisions individuelles sont, à de nombreux égards, prises en fonction de facteurs sociaux. Nous observons que bien souvent, ceux qui revendiquent le fait de choisir seuls sont en réalité les plus influencés. Il y a donc un véritable enjeu d’éducation à l’autonomie, qui revêt une forme de discernement pour différencier l’information valide de celle qui ne l’est pas.