Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
Celui que l’on surnomme « l’empereur philosophe » n’ajoute à la doctrine stoïcienne aucun concept. Il ne s’en revendique même pas explicitement, piochant ses références de façon éclectique. Pourquoi est-il alors considéré comme l’un des plus importants penseurs et adeptes de cette école ?
Singulière trajectoire que celle de cet esclave de naissance devenu l’une des figures majeures du stoïcisme antique. Né vers 50 à Hiérapolis en Phrygie, province de l’Empire romain (dans l’actuelle Turquie), Épictète suit son maître à Rome, où il s’initie à la pensée stoïcienne, alors en vogue.
Qui n’a jamais rêvé de laisser derrière soi les troubles de la vie sociale et politique pour aller vivre dans une cabane au milieu de la nature ? Témoin d’un empire déchiré par les « royaumes combattants » et d’un pouvoir dynastique affaibli, Confucius aurait eu bien des raisons se détourner ainsi des affaires humaines.
Il y a comme un parfum de mystère qui entoure Plotin. Qui est-il ? Certains voient en lui un ascète solitaire et profondément mystique, menant une vie austère, tandis que d’autres le considèrent comme un philosophe de cour, parti de son Égypte natale pour trouver à Rome la gloire et l’amitié de l’empereur Gallien (qui, dit-on venait régulièrement assister à ses cours).
Faut-il croire pour savoir ? Peut-on prouver que Dieu existe ? Pourquoi Dieu s’est fait homme ? Comment se définit la vérité ? Telles sont quelques unes des questions que cherche à résoudre Anselme de Canterbury, l’une des figures majeures de la pensée du Moyen Âge et l’un des pères de la scolastique.
Averroès est souvent perçu comme un précurseur des Lumières en Islam. Mais la réalité est plus complexe. Intellectuel tout-terrain, versé en médecine et en droit, en physique et en poésie, Il a produit l’une des plus importantes philosophies du Moyen Âge, commentant plusieurs fois la quasi-totalité de l’œuvre d’Aristote. Son but ?
Les vérités philosophiques sont-elles compatibles avec les vérités théologiques ? Pour ce théologien dominicain, auteur d’une œuvre colossale, une telle cohabitation n’a rien d’absurde. La philosophie ne s’arrête pas là où commence la théologie.
Refonder la médecine, concilier la philosophie et la théologie musulmane, distinguer l’essence et l’existence. Tels sont, parmi d’autres, les projets de ce penseur universel qu’est Ibn Sina, plus connu sous le nom d’Avicenne.
« Il n'y a pas de proportion de l'infini au fini » : ces mots peuvent résumer la pensée du cardinal allemand Nicolas de Cues. Né en 1401, l’auteur de De la docte ignorance (1440) souligne que le fini est le domaine de la dualité – grand et petit, haut et bas, etc. – sur laquelle repose la raison humaine.
Écrivain ou philosophe ? Les deux Monseigneur, et bien plus encore puisque Michel Eyquem de Montaigne fut également magistrat, conseiller au Parlement, diplomate et maire de Bordeaux !
Peut-on séparer la morale et la politique tout en prétendant servir le bien du peuple ? Que faut-il faire pour accéder au pouvoir et le stabiliser ? Ces questions, ce sont celles auxquelles répond Nicolas Machiavel, père de la pensée politique moderne.
Se servir du rationalisme pour affermir la foi et les dangers de la superstition, tel est le projet de Nicolas Malebranche, prêtre catholique, considéré avec Spinoza et Leibniz comme l’un des grands héritiers de Descartes.
Comment peut-on vivre heureux si la liberté n’est qu’une chimère ? Spinoza n’a pas seulement tenté de résoudre ce paradoxe de façon théorique : son existence en est comme la matérialisation.
« Je pense donc je suis », « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » : peu de philosophes peuvent se vanter d’avoir formulé des idées qui ont à ce point changé la face du monde. Né à La Haye-en-Touraine le 31 mars 1596 (la ville a depuis pris son nom), Descartes est de ces penseurs dont on peut dire qu’il y a un avant et un après eux.
« Le vrai et le fait sont équivalents », écrit Giambattista Vico dans De l’antique sagesse de l’Italie (1710). Dieu comprend toute chose car il en est le créateur, le « facteur ». Au contraire, la connaissance humaine est limitée à ce dont l’homme est la cause : les mathématiques, l’art, la société, l’histoire, etc.
D’Émile Durkheim à Raymond Aron, nombreux sont les sociologues à avoir vu en Montesquieu le véritable précurseur de leur discipline en France. Comment celui qui avait toutes les apparences du notable en est-il venu à faire de la sociologie sans le savoir et avant tout le monde ?
Les individus agissent-ils uniquement par intérêt ou sont-ils mus par une bienveillance naturelle envers leurs semblables ? Telle est la question qui anime Adam Smith, davantage resté célèbre pour sa théorie économique de la « main invisible » que sa contribution aux Lumières écossaises, pourtant majeure.
Un pleurnicheur, Rousseau ? C’est l’image qu’il a parfois auprès de ceux qui comprennent mal une sensibilité qui, au-delà de la philosophie, s’étendait aussi à la musique – car Rousseau est aussi un compositeur – et à la littérature. Il est vrai que, sur le plan philosophique, le Genevois n’a eu de cesse de dénoncer les injustices et de réfléchir aux conditions réelles de la liberté.
« Et si tu n’existais pas, dis-moi pourquoi j’existerais ? » Trois siècles avant la chanson de Joe Dassin, George Berkeley faisait déjà l’hypothèse radicale que les corps qui nous entourent n’ont pas d’existence en dehors de notre perception.
« Platon, Locke, Spinoza, Mill, Caird, Hegel – et j’aurai la prudence de taire les noms de ceux qui sont plus proches de nous – ne sont sans doute pour beaucoup d’entre vous, chers auditeurs, qu’autant de façons de manquer son but. Si ces visions du monde étaient vraies, ce serait une absurdité totale » : voilà qui s’appelle jouer des coudes pour se faire une place dans l’histoire.
Il est l‘inventeur de la « religion de l’humanité » : une spiritualité athée, censée réorganiser la société en réalisant l’unité du genre humain. Auguste Comte, polytechnicien fasciné par les mathématiques et les sciences, croit dans le progrès, au sens fort de la croyance. Il en fait une doctrine et une discipline : le positivisme.
Admettons que demain, un super-ordinateur connaisse l’ensemble des lois de la nature et du vivant tout en ayant accès à toutes les données disponibles dans le monde, sur la nature comme sur les hommes. Cet ordinateur pourrait-il prévoir avec certitude le futur ?
Le monde existe-t-il en dehors de l’idée que je me fais de lui, ou a-t-il besoin de moi pour exister en tant que tel ? Voici la question centrale qui anime Johann Gottlieb Fichte, penseur ardu qui effectue d’une certaine manière la jonction entre Kant et Hegel. Fichte se donne pour tâche de montrer l’unité originelle du sujet connaissant (philosophie théorique) et du sujet agissant (philosophie pratique).
Attention, un Ivan Illich peut en cacher un autre ! Vous connaissez peut-être Ivan Illitch – avec un « t » dans les transcriptions courantes –, c’est-à-dire le personnage dont Tolstoï analyse la mort imminente dans la nouvelle éponyme, mais êtes-vous également familier du philosophe ?
Comment transmettre le goût des sciences et expliquer leur progrès ? D’où vient l’inspiration des poètes ? Ces questions, ce sont celles que se pose Gaston Bachelard, l’un des plus célèbres représentants français de la philosophie des sciences.
Revenir à l’expérience – tel est le geste radical de John Dewey, placé sous l’influence des fondateurs du pragmatisme William James et Charles Sanders Peirce. Et cela est valable dans tous les domaines : esthétique, éthique, pédagogie et politique.
Et si le don n’était pas cet acte libre et gratuit, totalement désintéressé et purement généreux pour lequel on le tient ordinairement ? Et si le donateur attendait inévitablement un retour sous une forme ou une autre, reconnaissance ou cadeau ? Et si tout cela relevait d’un échange très codifié et déterminé par la culture ? C’est l’idée profondément novatrice de Marcel Mauss.
Philologue, sémiologue et psychanalyste française née en Bulgarie en 1941, Julia Kristeva est une femme de lettres devenue, au fil de la trentaine d’ouvrages qu’elle a consacrés à différente figures féminines de la vie intellectuelle, une référence du féminisme contemporain.
Philosophe, helléniste et sinologue reconnu, François Jullien a été président du Collège international de philosophie de 1995 à 1998 et est actuellement titulaire de la chaire sur l’altérité créée à la Fondation Maison des sciences de l’homme.
Reconnu à l’international comme l’un des plus éminents philosophes français, Jean-Luc Nancy est une figure incontournable du mouvement de la « déconstruction », avec ses amis Jacques Derrida et Philippe Lacoue-Labarthe.
Philosophe et écrivaine, Élisabeth Badinter est une représentante du féminisme universaliste français. Spécialiste du siècle des Lumières, elle publie en 1980 son premier livre, L’Amour en plus, qui remet en question le caractère naturel de l’amour maternel.
Ce sont de drôles d’oiseaux, ces philosophes. Depuis les premiers penseurs grecs, vers le VIe siècle avant Jésus-Christ, jusqu’aux universitaires et aux intellectuels médiatiques d’aujourd’hui, en passant par les philosophes chinois ou indiens, ils ont pour seule ambition de formuler des vérités sur le monde qui nous entoure, sur nous-mêmes, sur les questions de l’existence et de la mort. Avec l’étonnement pour moteur et la raison pour seul guide, ils proposent des systèmes métaphysiques, des hypothèses contre-intuitives, des spéculations sur l’être, le temps, l’identité, la morale... Ils se mêlent de tout : de politique avec Platon ou Machiavel, d’économie avec Marx, de sciences avec Descartes ou Leibniz, d’écologie avec Hans Jonas, de féminisme avec Beauvoir. Ils sont étroitement associés aux sciences humaines, comme l’anthropologie ou l’histoire, mais aussi à la littérature quand, comme Sartre et Camus, ils se mettent à écrire des romans ou des pièces de théâtre. Leurs ambitions de comprendre le monde et la vie dans leur totalité sont démesurées. Ils sont dans l’impossibilité de prouver leurs thèses de façon définitive. Mais leurs vies sont souvent aussi incroyables que leurs idées. Et ils nous inspirent pour tenter, nous aussi, de saisir le sens de ce qui nous entoure et nous anime. Alors faisons connaissance avec eux !