Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
Plus célèbre des penseurs danois, Kierkegaard est considéré comme une figure majeure de l’existentialisme chrétien et un précurseur de la psychologie des profondeurs.
Le monde existe-t-il en dehors de l’idée que je me fais de lui, ou a-t-il besoin de moi pour exister en tant que tel ? Voici la question centrale qui anime Johann Gottlieb Fichte, penseur ardu qui effectue d’une certaine manière la jonction entre Kant et Hegel. Fichte se donne pour tâche de montrer l’unité originelle du sujet connaissant (philosophie théorique) et du sujet agissant (philosophie pratique).
« Écrasez l’infâme. » Voltaire utilisait souvent ce mot d’ordre au bas de ses lettres (sous la forme « Ecrlinf ») pour rappeler à ses correspondants son obsession : terrasser l’intolérance religieuse, qu’il qualifiait si durement.
« Il n'y a qu’un seul devoir, c’est de se rendre heureux. » De tous les penseurs des Lumières, Denis Diderot est peut-être le plus libre et décapant. Philosophe matérialiste, athée, il était surnommé « le pantophile » (« l’amoureux de tout ») par Voltaire, tant sa soif de connaissance impressionnait.
Ancien résistant, né Edgar Nahoum en 1921 à Paris, Edgar Morin est un philosophe et sociologue français. Étudiant pendant la Seconde Guerre mondiale, il rejoint la résistance communiste en 1942 et devient commandant des Forces françaises combattantes en 1943. Après la guerre, il s’éloigne du Parti communiste et entre au CNRS en 1950.
Philosophe majeur de la déconstruction ancré dans la pensée chrétienne contemporaine, Jean-Luc Marion s’inscrit dans le courant de la phénoménologie. Revendiquant le double héritage de Husserl et Heidegger d’une part et de la théologie chrétienne d’autre part, il propose une philosophie originale dont certains ont considéré qu’elle constituait un « tournant théologique ».
Romancier et essayiste français, c’est sous la direction de Roland Barthes que Pascal Bruckner soutient en 1975 une thèse consacrée à l’émancipation sexuelle, Le corps de chacun est accessible à tous. Depuis le milieu des années 1980, Bruckner enseigne dans plusieurs universités américaines ainsi qu’à Sciences Po (Paris).
Philosophe, ancien élève de l’ENS et agrégé de philosophie, Michaël Fœssel succède à Alain Finkielkraut à l’École polytechnique en 2013. Spécialiste de Kant, ses recherches portent sur la question de la démocratie et du cosmopolitisme. Militant communiste pendant son adolescence, il intervient aujourd’hui dans l’espace public et commente parfois l’actualité politique.
Associé au mouvement des « nouveaux philosophes », un courant médiatique et éditorial né de la pensée critique de gauche post-Mai 68, Alain Finkielkraut a enseigné à l’École polytechnique pendant plus de vingt ans.
Philosophe et sociologue allemand né en 1929, Jürgen Habermas est un représentant de la deuxième génération de l’École de Francfort, à la suite de Horkheimer et Adorno, dont il a été assistant dans les années 1950. Figure majeure de la pensée occidentale de la deuxième moitié du XXe siècle, il est reconnu comme l’un des grands penseurs de l’Europe.
Philosophe et psychanalyste, Cynthia Fleury est professeur au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) et dirige la chaire de philosophie à l’hôpital Sainte-Anne de Paris. Ses premiers travaux philosophiques portent sur la question de l’imagination.
Philosophe, ancienne « voix » de la radio à France Culture et à Europe 1, il participe aujourd’hui à l’aventure du journal Franc-Tireur, aux côtés de Caroline Fourest. Il a publié en 2024 L’Esprit artificiel. Une machine ne sera jamais philosophe (Éditions de L’Observatoire).
Philosophe et professeur au lycée d’État de la Légion d’honneur, Charles Pépin est l’auteur d’essais philosophiques et de romans qui l’ont popularisé auprès du grand public. Dans Les Vertus de l’échec (2016) et La Confiance en soi (2018), il fait appel pêle-mêle aux sagesses antiques, à la philosophie moderne (Bergson, Nietzsche et R. W.
Née en 1968, Camille Froidevaux-Metterie est professeure de science politique à l’université de Reims Champagne-Ardenne. Elle a consacré une partie de ses travaux à la question théologique aux États-Unis avant de concentrer ses recherches sur la condition féminine.
Appartenant à la génération des philosophes qui succèdent aux grandes figures de Mai 68, André Comte-Sponville propose une philosophie originale qui puise aussi bien dans sa jeunesse chrétienne que dans le marxisme, qu’il a étudié auprès de Louis Althusser, après avoir intégré l’École normale supérieure en 1972.
Il est celui par qui le scandale arrive.
Sa Théorie de la justice est le livre de philosophie le plus commenté au XXe siècle. Pourtant John Rawls, son auteur, est toujours resté discret sur sa propre vie. Lorsque ce maître ouvrage paraît en 1971, après une dizaine d’années d’écriture, cet honnête professeur de philosophie politique à Harvard est un parfait inconnu.
Il est l’un des rares représentants d’un courant de pensée qu’il a fondé en France : l’éthique minimale. Ruwen Ogien, enfant né de parents rescapés de la Shoah, resté mystérieux sur son année de naissance, est mort en mai 2017. Il laisse derrière lui une œuvre précise, inspirée par la rigueur de la philosophie analytique anglo-saxonne, bien que dénuée d’esprit de sérieux.
« Philosopher, c’est anticiper ! », affirmait-il. De fait, Michel Serres aura vu venir les bascules majeures de notre temps : la révolution numérique, la crise écologique, l’éloignement de la mort.
Comment refonder l’éthique à l’ère de la sécularisation des sociétés et après le scandale des bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki ? Cette question traverse toute l’œuvre de Gertrude Elizabeth Margaret Anscombe, née en Irlande en 1919.
« Platon, Locke, Spinoza, Mill, Caird, Hegel – et j’aurai la prudence de taire les noms de ceux qui sont plus proches de nous – ne sont sans doute pour beaucoup d’entre vous, chers auditeurs, qu’autant de façons de manquer son but. Si ces visions du monde étaient vraies, ce serait une absurdité totale » : voilà qui s’appelle jouer des coudes pour se faire une place dans l’histoire.
« Je me suis demandé plus d’une fois pourquoi Alain, dont j’ai été deux ans l’élève, que j’ai écouté pendant deux ans avec une attention, une admiration quasi religieuse, au point, comme c’était alors le cas des deux tiers d’entre nous, d’imiter sa façon d’écrire, a en définitive laissé en moi si peu de traces. Admirable éveilleur, il avait peu d’avenir dans l’esprit.
Quel est le fondement de l’éthique ?
Comment vivre avec l’incertitude ? C’est la grande question que ce penseur du scepticisme moderne a prise en charge. Il l’a éprouvée dans sa vie, avant de fonder sur elle sa théorie de la connaissance mais aussi sa vision de la morale et de la politique. Le jeune Écossais rejette les études de droit auxquelles on le destine et traverse une crise existentielle profonde qui le conduit à s’exiler en France.
Que serait la philosophie sans lui ? Et même : la philosophie existerait-elle sans lui ? Nul doute qu’elle n’aurait pas le même visage. Socrate est, d’une certaine façon, l’inventeur de la philosophie occidentale ; non pas qu’il n’y ait pas eu de philosophe avant lui ; mais ceux-là, on les dénomme « présocratiques », comme s’ils n’avaient fait que préparer sa venue.
La philosophie, parfois, touche à la science-fiction. C’est le cas avec la célèbre expérience de pensée dite du « cerveau dans une cuve », élaborée par Hilary Putnam en 1981.
Les vérités philosophiques sont-elles compatibles avec les vérités théologiques ? Pour ce théologien dominicain, auteur d’une œuvre colossale, une telle cohabitation n’a rien d’absurde. La philosophie ne s’arrête pas là où commence la théologie.
« C’est dans la vie sauvage que repose la sauvegarde du monde. » En plein essor industriel des États-Unis, un jeune diplômé de Harvard fait entendre une voix discordante dans les années 1830, en proposant de retrouver un mode de vie centré sur le sauvage.
Comment peut-on vivre heureux si la liberté n’est qu’une chimère ? Spinoza n’a pas seulement tenté de résoudre ce paradoxe de façon théorique : son existence en est comme la matérialisation.
Carpe Diem. « Cueille le jour ». Le poète épicurien Horace a su condenser dans cette maxime, devenue fameuse, le principe moteur de l’éthique d'Épicure : profiter de la vie tant qu’il est encore temps. « Le plaisir est principe et fin de vie bienheureuse », écrit Épicure dans sa Lettre à Ménécée, l’un des rares textes de lui qui nous soit parvenu.
A priori, le petit John avait tout du fils à papa. Poussé par un père exigeant, il fut l’un des esprits les plus brillants de son temps qui, à huit ans, avait déjà lu de nombreux livres d’histoire et des dialogues de Platon, avant d’étudier, dès douze ans, la Logique d’Aristote dans le texte, puis de se tourner vers les mathématiques et l’économie... comme papa !
Les individus agissent-ils uniquement par intérêt ou sont-ils mus par une bienveillance naturelle envers leurs semblables ? Telle est la question qui anime Adam Smith, davantage resté célèbre pour sa théorie économique de la « main invisible » que sa contribution aux Lumières écossaises, pourtant majeure.
Aristote est le plus célèbre des disciples de Platon. Précepteur du jeune Alexandre Le Grand durant trois ans mais attiré par le prestige d’Athènes, celui que l’on surnomme le Stagirite (parce qu’il est né en Macédoine à Stagire) ou le philosophe péripatéticien (parce qu’il enseignait en marchant) fut le fondateur du Lycée, école concurrente de l’Académie de Platon.
Quelle est notre responsabilité à l’égard des générations futures ? Peut-on tirer de la religion ou de la morale classique un enseignement utile pour l’avenir ? Comment ne pas abandonner la nature à la technique ? Ces questions, ce sont celles que se pose Hans Jonas, philosophe allemand exilé, pionnier de la pensée écologique.
Qui n’a jamais rêvé de laisser derrière soi les troubles de la vie sociale et politique pour aller vivre dans une cabane au milieu de la nature ? Témoin d’un empire déchiré par les « royaumes combattants » et d’un pouvoir dynastique affaibli, Confucius aurait eu bien des raisons se détourner ainsi des affaires humaines.
Le XXe siècle n’est pas un siècle de progrès. Même les pays qui ont échappé à la guerre sur leur territoire, comme les États-Unis, se sont abêtis. Ce constat dérangeant, c’est celui que fait Theodor W. Adorno, le co-fondateur de la prestigieuse « École de Francfort » à laquelle appartiendront également Herbert Marcuse et Jürgen Habermas.
Bas les masques ! Toutes nos conduites, et en particulier celles qui semblent nobles et désintéressées, sont en réalité guidées par l’amour-propre. C’est l’idée maîtresse de François de La Rochefoucauld, l’un des plus grands moralistes français du XVIIe siècle.
Soif de justice sociale et aspirations mystiques : c’est cette tension, cette vocation même, qui a guidé Simone Weil tout au long de sa courte vie. Celle qui meurt d’épuisement à 34 ans en 1943 s’échine à penser les phénomènes socio-politiques de son temps – la naissance du fascisme, l’aliénation des ouvriers – tout en s’ouvrant à « l’amour divin ».
Celui que l’on surnomme « l’empereur philosophe » n’ajoute à la doctrine stoïcienne aucun concept. Il ne s’en revendique même pas explicitement, piochant ses références de façon éclectique. Pourquoi est-il alors considéré comme l’un des plus importants penseurs et adeptes de cette école ?
Né le 18 octobre 1859 à Paris d’un père juif polonais et d’une mère anglaise, Bergson est de son vivant une star de la philosophie. On se presse à ses cours au Collège de France où il est nommé en 1900, on le lit et on le commente dans les salons, on lui décerne le prix Nobel de littérature en 1927.
« Pouvons-nous devenir moralement meilleurs ? C’est la question à laquelle la philosophie devrait essayer de répondre », affirme Iris Murdoch dans La Souveraineté du Bien (1970). Rien ne prédispose la jeune femme, née la même année que la République d’Irlande d’un père éleveur de moutons et d’une mère chanteuse, à méditer de tels problèmes.
Revenir à l’expérience – tel est le geste radical de John Dewey, placé sous l’influence des fondateurs du pragmatisme William James et Charles Sanders Peirce. Et cela est valable dans tous les domaines : esthétique, éthique, pédagogie et politique.
Singulière trajectoire que celle de cet esclave de naissance devenu l’une des figures majeures du stoïcisme antique. Né vers 50 à Hiérapolis en Phrygie, province de l’Empire romain (dans l’actuelle Turquie), Épictète suit son maître à Rome, où il s’initie à la pensée stoïcienne, alors en vogue.
Y a-t-il dans ce monde quelque chose de fixe, de toujours vrai, d’absolument juste, de vraiment beau ? Ou bien faut-il admettre que tout change suivant les lieux, les époques et les esprits… Que la vérité appartient aux beaux-parleurs, le pouvoir aux plus rusés ou aux plus violents, la morale aux hypocrites ? C’est contre le « tout se vaut » que s’insurge Platon.
Qu’est-ce qui fait la grandeur de l’homme ? Son intelligence ? Sa vertu ? Absolument pas, affirme Blaise Pascal, dans une formule paradoxale : « La grandeur de l'homme est grande en ce qu'il se connaît misérable », imparfait, faillible. Encore faut-il l’accepter.
Notre vie est un enfer : et si nous en faisions un paradis ?
C’est pour résoudre la contradiction entre ce qu’il identifiait comme ses deux influences que Ricœur confie être devenu philosophe : la recherche de la vérité, soit « la recherche de la précision conceptuelle », et ses convictions religieuses protestantes – son « sens du drame, de l’intimité, de la profondeur ».