Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
Née à Paris, fille de Jacques Necker, ministre des finances de Louis XVI, Germaine de Staël est élevée dans un milieu protestant, d’origine genevoise. Sa mère, qui tenait un salon littéraire et politique, lui donne une instruction encyclopédique qui la prédestine à devenir une femme de lettres.
Considéré comme l’un des meilleurs penseurs politiques de son temps, Benjamin Constant fut le champion du libéralisme au début du XIXe siècle.
Ralph Waldo Emerson n’est pas seulement le chef de file d’un courant de pensée original : le transcendantalisme, courant qui soutient que l’homme peut se transcender lui-même au contact de la nature. Il est aussi considéré comme le père de la philosophie américaine.
« Écrasez l’infâme. » Voltaire utilisait souvent ce mot d’ordre au bas de ses lettres (sous la forme « Ecrlinf ») pour rappeler à ses correspondants son obsession : terrasser l’intolérance religieuse, qu’il qualifiait si durement.
Jacques Rancière est né à Alger en 1940. Il a été l’élève de Louis Althusser à l’École normale supérieure et participe à la rédaction de Lire le Capital, étude majeure de la pensée de Marx issue d’un séminaire tenu par Althusser à l’ENS en 1965. Il prend ensuite ses distances avec son professeur, et publie en 1974 La Leçon d’Althusser, ouvrage dans lequel il critique sa démarche.
Romancier et essayiste français, c’est sous la direction de Roland Barthes que Pascal Bruckner soutient en 1975 une thèse consacrée à l’émancipation sexuelle, Le corps de chacun est accessible à tous. Depuis le milieu des années 1980, Bruckner enseigne dans plusieurs universités américaines ainsi qu’à Sciences Po (Paris).
Philosophe et écrivain, Régis Debray entre à l’École normale supérieure en 1960, où il suit un parcours classique, jusqu’à l’agrégation, en même temps qu’il milite à l’Union des étudiants communistes. En 1965, il quitte son poste de professeur au lycée après seulement quelques mois pour rejoindre Cuba, où il se rapproche de Che Guevara, qu’il suit en Bolivie.
Philosophe, ancien élève de l’ENS et agrégé de philosophie, Michaël Fœssel succède à Alain Finkielkraut à l’École polytechnique en 2013. Spécialiste de Kant, ses recherches portent sur la question de la démocratie et du cosmopolitisme. Militant communiste pendant son adolescence, il intervient aujourd’hui dans l’espace public et commente parfois l’actualité politique.
Philosophe et essayiste très présent dans l’espace médiatique, Michel Onfray a enseigné la philosophie au lycée pendant plus de quinze ans, avant d’abandonner cette carrière en 2002 pour fonder l’Université populaire de Caen.
Associé au mouvement des « nouveaux philosophes », un courant médiatique et éditorial né de la pensée critique de gauche post-Mai 68, Alain Finkielkraut a enseigné à l’École polytechnique pendant plus de vingt ans.
Reconnu à l’international comme l’un des plus éminents philosophes français, Jean-Luc Nancy est une figure incontournable du mouvement de la « déconstruction », avec ses amis Jacques Derrida et Philippe Lacoue-Labarthe.
Philosophe et sociologue allemand né en 1929, Jürgen Habermas est un représentant de la deuxième génération de l’École de Francfort, à la suite de Horkheimer et Adorno, dont il a été assistant dans les années 1950. Figure majeure de la pensée occidentale de la deuxième moitié du XXe siècle, il est reconnu comme l’un des grands penseurs de l’Europe.
Philosophe et psychanalyste, Cynthia Fleury est professeur au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) et dirige la chaire de philosophie à l’hôpital Sainte-Anne de Paris. Ses premiers travaux philosophiques portent sur la question de l’imagination.
Philosophe et écrivaine, Élisabeth Badinter est une représentante du féminisme universaliste français. Spécialiste du siècle des Lumières, elle publie en 1980 son premier livre, L’Amour en plus, qui remet en question le caractère naturel de l’amour maternel.
Philosophe slovène d’inspiration marxiste, Slavoj Žižek est né à Ljubljana en 1949. Mondialement célèbre pour ses interventions publiques radicales souvent provocatrices et pour son personnage public aisément identifiable, il a été en partie formé en France, où il a découvert la psychanalyse lacanienne, qui influence durablement son œuvre.
Professeur de philosophie ministre de l’Éducation nationale (2002 - 2004) sous Jacques Chirac, Luc Ferry devient célèbre en 1985 lorsqu’il publie La Pensée 68 avec Alain Renaut. Dans ce texte, les deux auteurs critiquent les figures intellectuelles généralement associées au mouvement de Mai : Bourdieu, Lacan, Derrida et Foucault.
Philosophe, ancienne « voix » de la radio à France Culture et à Europe 1, il participe aujourd’hui à l’aventure du journal Franc-Tireur, aux côtés de Caroline Fourest. Il a publié en 2024 L’Esprit artificiel. Une machine ne sera jamais philosophe (Éditions de L’Observatoire).
Philosophe et professeur au lycée d’État de la Légion d’honneur, Charles Pépin est l’auteur d’essais philosophiques et de romans qui l’ont popularisé auprès du grand public. Dans Les Vertus de l’échec (2016) et La Confiance en soi (2018), il fait appel pêle-mêle aux sagesses antiques, à la philosophie moderne (Bergson, Nietzsche et R. W.
Philosophe et historien, Marcel Gauchet est un penseur de la démocratie dont les travaux ont marqué la philosophie politique française contemporaine. Instituteur dans les années 1960, il poursuit ses études et rencontre Claude Lefort à l’université de Caen.
Née en 1968, Camille Froidevaux-Metterie est professeure de science politique à l’université de Reims Champagne-Ardenne. Elle a consacré une partie de ses travaux à la question théologique aux États-Unis avant de concentrer ses recherches sur la condition féminine.
Né à Rabat au Maroc en 1937, Alain Badiou est philosophe, dramaturge, romancier et professeur de philosophie. Son œuvre considérable, où les ouvrages d’une grande complexité théorique (L’Être et l’Événement, 1988, Logique des mondes, 2008) côtoient des livres beaucoup plus grand public qui ont souvent suscité la polémique (De quoi Sarkozy est-il le nom ?
« Le vrai et le fait sont équivalents », écrit Giambattista Vico dans De l’antique sagesse de l’Italie (1710). Dieu comprend toute chose car il en est le créateur, le « facteur ». Au contraire, la connaissance humaine est limitée à ce dont l’homme est la cause : les mathématiques, l’art, la société, l’histoire, etc.
Dans un rapport de forces ou un conflit, deux stratégies possibles se présentent : soit attaquer de front, en montrant les muscles au besoin, soit procéder de biais, en ayant recours à la ruse, par exemple. La deuxième voie, celle de l’esquive, est retenue par Sun Zi (ou Sun Tzu) dans un traité devenu fameux, L’Art de la guerre.
Sa Théorie de la justice est le livre de philosophie le plus commenté au XXe siècle. Pourtant John Rawls, son auteur, est toujours resté discret sur sa propre vie. Lorsque ce maître ouvrage paraît en 1971, après une dizaine d’années d’écriture, cet honnête professeur de philosophie politique à Harvard est un parfait inconnu.
Et si l’égoïsme était une vertu, et non un vice ?
Il est l‘inventeur de la « religion de l’humanité » : une spiritualité athée, censée réorganiser la société en réalisant l’unité du genre humain. Auguste Comte, polytechnicien fasciné par les mathématiques et les sciences, croit dans le progrès, au sens fort de la croyance. Il en fait une doctrine et une discipline : le positivisme.
« Elle avait quelque chose du Jugement dernier », affirme Jean d’Ormesson au lendemain de sa mort. C’est d’abord par son exigence et son intransigeance qu’on pouvait la qualifier ainsi.
Avant de devenir la grande référence de l’idéalisme allemand, Hegel étudia la théologie à Tubingue où il rencontra Hölderlin et Schelling au moment même où éclatait la Révolution française. Il fut tour à tour boursier, précepteur, rédacteur et même proviseur de lycée.
On ne retient souvent de Kant qu’un visage austère et une vie rigoureuse à l’extrême. D’une santé fragile, Kant observait effectivement un régime de vie strict, avec un rythme de travail soutenu et sa fameuse promenade à heures fixes.
Comment vivre avec l’incertitude ? C’est la grande question que ce penseur du scepticisme moderne a prise en charge. Il l’a éprouvée dans sa vie, avant de fonder sur elle sa théorie de la connaissance mais aussi sa vision de la morale et de la politique. Le jeune Écossais rejette les études de droit auxquelles on le destine et traverse une crise existentielle profonde qui le conduit à s’exiler en France.
Attention, terrain glissant ! Peu d’auteurs sont aussi controversés que Carl Schmitt sur le plan politique. Il est vrai que le parcours qu’il a suivi dans sa vie personnelle n’est pas innocent : au moment de l’accession de Hitler au pouvoir en Allemagne, en 1933, Carl Schmitt s’engage aux côtés des nazis et a foi dans le nouveau régime, antisémitisme compris.
Que serait la philosophie sans lui ? Et même : la philosophie existerait-elle sans lui ? Nul doute qu’elle n’aurait pas le même visage. Socrate est, d’une certaine façon, l’inventeur de la philosophie occidentale ; non pas qu’il n’y ait pas eu de philosophe avant lui ; mais ceux-là, on les dénomme « présocratiques », comme s’ils n’avaient fait que préparer sa venue.
La philosophie descend dans la rue ! Qui n’a pas en tête les clichés de Jean-Paul Sartre au Café de Flore ou distribuant dans Paris le journal La Cause du peuple, avec à ses côtés Simone de Beauvoir ? Sans doute avait-il le souci de se tenir au plus près du terrain, d’être concret, que ce soit dans ses combats politiques, dans ses conceptions philosophiques ou dans son œuvre littéraire.
Sade, philosophe ? Pornographe, assurément, écrivain, évidemment, polémiste et libre penseur, sans doute, mais philosophe également ?
Un pleurnicheur, Rousseau ? C’est l’image qu’il a parfois auprès de ceux qui comprennent mal une sensibilité qui, au-delà de la philosophie, s’étendait aussi à la musique – car Rousseau est aussi un compositeur – et à la littérature. Il est vrai que, sur le plan philosophique, le Genevois n’a eu de cesse de dénoncer les injustices et de réfléchir aux conditions réelles de la liberté.
« Scientifiquement prouvé. » Sur les pots de crème de beauté comme sur les publicités vantant une thérapie innovante, cette formule est couramment utilisée pour convaincre les consommateurs de la réalité des profits qu’ils seront sûrs d’en tirer.
Peut-on évoquer l’œuvre d’Engels sans mentionner aussitôt celle de Marx ? Tâche périlleuse, tant ce théoricien du socialisme semble avoir œuvré dans l’ombre à la réussite de son compagnon de lutte. Pourtant, Engels n’a pas seulement financé les recherches de Marx en travaillant dans l’usine textile de son père ; il en a aussi été pour beaucoup l’instigateur.
Les vérités philosophiques sont-elles compatibles avec les vérités théologiques ? Pour ce théologien dominicain, auteur d’une œuvre colossale, une telle cohabitation n’a rien d’absurde. La philosophie ne s’arrête pas là où commence la théologie.
« C’est dans la vie sauvage que repose la sauvegarde du monde. » En plein essor industriel des États-Unis, un jeune diplômé de Harvard fait entendre une voix discordante dans les années 1830, en proposant de retrouver un mode de vie centré sur le sauvage.
Quels sont les effets psychiques de la colonisation sur les peuples colonisés ? Et comment peuvent-ils se libérer d’un tel joug ? L’œuvre de Frantz Fanon, psychiatre et essayiste, prend soin d’articuler ces deux questions.
Comment peut-on vivre heureux si la liberté n’est qu’une chimère ? Spinoza n’a pas seulement tenté de résoudre ce paradoxe de façon théorique : son existence en est comme la matérialisation.
D’Émile Durkheim à Raymond Aron, nombreux sont les sociologues à avoir vu en Montesquieu le véritable précurseur de leur discipline en France. Comment celui qui avait toutes les apparences du notable en est-il venu à faire de la sociologie sans le savoir et avant tout le monde ?
Écrivain ou philosophe ? Les deux Monseigneur, et bien plus encore puisque Michel Eyquem de Montaigne fut également magistrat, conseiller au Parlement, diplomate et maire de Bordeaux !
A priori, le petit John avait tout du fils à papa. Poussé par un père exigeant, il fut l’un des esprits les plus brillants de son temps qui, à huit ans, avait déjà lu de nombreux livres d’histoire et des dialogues de Platon, avant d’étudier, dès douze ans, la Logique d’Aristote dans le texte, puis de se tourner vers les mathématiques et l’économie... comme papa !
Les individus agissent-ils uniquement par intérêt ou sont-ils mus par une bienveillance naturelle envers leurs semblables ? Telle est la question qui anime Adam Smith, davantage resté célèbre pour sa théorie économique de la « main invisible » que sa contribution aux Lumières écossaises, pourtant majeure.
Pourquoi, à l’âge du progrès industriel, la plupart des hommes vivent-ils dans la misère ? Comment œuvrer efficacement à l’avènement d’un monde où régnerait la justice sociale ? Questions essentielles auxquelles Marx, le père du communisme moderne, tentera toute sa vie de donner des réponses savantes et accessibles dont s’inspireront les grands mouvements révolutionnaires du XXe siècle.
Peut-on séparer la morale et la politique tout en prétendant servir le bien du peuple ? Que faut-il faire pour accéder au pouvoir et le stabiliser ? Ces questions, ce sont celles auxquelles répond Nicolas Machiavel, père de la pensée politique moderne.
Faire advenir le communisme sans renoncer à la démocratie. Laisser le peuple s’orienter lui-même dans l’histoire sans céder au nationalisme et à la guerre. Tels sont, parmi d’autres, les objectifs que poursuit Rosa Luxemburg, la plus célèbre des militantes communistes du début du XXe siècle.
Le Mal existe-t-il ? Et si oui, d’où vient-il et comment lutter contre lui ? Telles sont les interrogations centrales de l’œuvre immense d’Augustin, l’une des figures majeures de la pensée chrétienne.
D’où viennent nos idées, les mots que nous employons, le sentiment de notre identité ? Jusqu’où peut s’étendre notre soif de liberté, notre goût de la propriété, nos convictions religieuses ?
Aristote est le plus célèbre des disciples de Platon. Précepteur du jeune Alexandre Le Grand durant trois ans mais attiré par le prestige d’Athènes, celui que l’on surnomme le Stagirite (parce qu’il est né en Macédoine à Stagire) ou le philosophe péripatéticien (parce qu’il enseignait en marchant) fut le fondateur du Lycée, école concurrente de l’Académie de Platon.
Qui n’a jamais rêvé de laisser derrière soi les troubles de la vie sociale et politique pour aller vivre dans une cabane au milieu de la nature ? Témoin d’un empire déchiré par les « royaumes combattants » et d’un pouvoir dynastique affaibli, Confucius aurait eu bien des raisons se détourner ainsi des affaires humaines.
Que ce soit dans son activité d’orateur, d’homme politique ou de philosophe, Cicéron défend une certaine vision de ce à quoi l’humanité peut aspirer. Pour lui, c’est la culture qui, parachevant les qualités naturelles de l'homme, le rend digne de ce nom. Cette culture consiste en l’étude des humanitas, un ensemble de disciplines allant de la philosophie à l’examen des langues et de l’histoire.
Auteur de romans, de pièces de théâtre et de nombreux écrits politiques et philosophiques, Albert Camus est avant tout un témoin infatigable de son temps et un penseur de l’engagement des êtres humains dans le monde. Bien qu’il ne se revendique d’aucune philosophie systématique, l’œuvre de Camus développe tantôt dans ses fictions, tantôt dans ses essais, une réflexion profonde sur la condition humaine.
Peut-on encore faire de la philosophie purement conceptuelle après les tragédies d’Auschwitz et d’Hiroshima ? Comment alerter les consciences séduites par la toute-puissance de la technique et aveugles à ses effets catastrophiques sur notre planète ?
Comment philosopher avec Marx durant la guerre froide ? Quelle méthode utiliser pour renouveler l’interprétation de la pensée politique classique ? Ces questions sont au cœur de la réflexion de Louis Althusser, figure majeure de la pensée française des années 1970.
Revenir à l’expérience – tel est le geste radical de John Dewey, placé sous l’influence des fondateurs du pragmatisme William James et Charles Sanders Peirce. Et cela est valable dans tous les domaines : esthétique, éthique, pédagogie et politique.
Y a-t-il dans ce monde quelque chose de fixe, de toujours vrai, d’absolument juste, de vraiment beau ? Ou bien faut-il admettre que tout change suivant les lieux, les époques et les esprits… Que la vérité appartient aux beaux-parleurs, le pouvoir aux plus rusés ou aux plus violents, la morale aux hypocrites ? C’est contre le « tout se vaut » que s’insurge Platon.
Commentaires de philosophes, critiques de la psychanalyse, analyses d’œuvres, réflexions sur le quotidien… L’œuvre de Gilles Deleuze a-t-elle un fil conducteur ? Un emprunt à ses Pourparlers peut mettre sur la voie : elle aurait pour objet les « mouvements aberrants » qui donnent de la force et de la singularité à nos vies.
Comment vivre sans avoir peur ? C’est l’obsession de ce penseur anglais. Dans son autobiographie, Thomas Hobbes raconte qu’il est né avant terme car sa mère a accouché de terreur en apprenant une hypothétique invasion de son pays par la flotte espagnole.
C’est pour résoudre la contradiction entre ce qu’il identifiait comme ses deux influences que Ricœur confie être devenu philosophe : la recherche de la vérité, soit « la recherche de la précision conceptuelle », et ses convictions religieuses protestantes – son « sens du drame, de l’intimité, de la profondeur ».