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Philosophie magazine n°203 - septembre 2026

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Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling

(1775-1854)

Qui, à 28 ans, peut se vanter d’avoir déjà publié une demi-douzaine d’exposés systématiques de la philosophie ? Nul autre que le fougueux Schelling, bien sûr ! Pour comprendre comment a pu naître une telle ambition philosophique, il faut se replacer dans le contexte de cette époque particulièrement féconde du tournant entre la fin du XVIIIe siècle, encore héritier du rationalisme des Lumières, et le début du XIXe siècle, qui se tourne vers un romantisme emprunt de mysticisme. À quinze ans, le jeune Schelling entre au séminaire de Tubingue où il fait la rencontre décisive de deux condisciples, Hegel et Hölderlin, de cinq ans ses aînés. Une amitié naît entre eux qui les poussera à élaborer – peut-être ensemble – un « Programme systématique de l’idéalisme allemand ». Bien qu’on ne sache pas exactement qui en est l’instigateur, ce texte rédigé par Hegel est tellement enthousiaste dans le ton qu’il adopte qu’on y voit souvent la marque de Schelling, tandis que le primat qu’il accorde à l’esthétique (en faisant de la poésie l’éducatrice de l’humanité) le rattache à Hölderlin. Quoi qu’il en soit, l’ambition est clairement affichée : il s’agit de dépasser la philosophie critique de Kant pour poser les fondements d’un nouveau système, qui réconcilie la Nature et l’Esprit pour unifier les savoirs et atteindre l’Absolu.

S’il s’est plus tard brouillé avec Hegel, Schelling ne s’est jamais départi de cette volonté de penser une « philosophie de l’identité » qui puisse rendre compte dans un esprit encyclopédique à la fois de la nature, de l’art, de l’esprit, de la religion et de la liberté. Tout un programme qui, pour être mené à bien, suppose que ne soient plus dissociés l’idéal et le réel, l’objectif et le subjectif, le rationnel et le révélé : « La nature est l'esprit invisible, l'esprit la nature invisible », écrit-il par exemple. Et l’Absolu est cette identité même, ni objet ni sujet, ni esprit ni nature, ni être ni connaître, pas plus que leur synthèse – ce qui supposerait qu’ils aient d’abord existé de manière séparée.

Mais de l’Absolu à Dieu, il n’y a qu’un pas vite franchi : dans certains textes, Schelling va même plus loin et fonde cette unité en Dieu lui-même, et en particulier dans le Dieu chrétien, qui est à la fois distinct de lui-même (dans la mesure où il est incarné en son fils) tout en restant en communion avec lui. La dernière philosophie de Schelling confirme cette orientation vers la mythologie, la théologie et même la christologie.

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Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling en 1848. Domaine public.
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