Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
Étudiant brillant, résistant actif durant la guerre, ce penseur de confession juive occupa durant trente ans la chair de philosophie morale de la Sorbonne et marqua des générations d’étudiants par son extraordinaire érudition, l’élégance de sa langue et son goût pour l’improvisation. Influencé par Bergson, Jankélévitch pense la morale dans son rapport avec le temps, avec l’instant de la décision.
Philosophe, sociologue, politologue, professeur et journaliste, Raymond Aron est le plus célèbre représentant de la pensée libérale en France après 1945. Condisciple à l’École normale supérieure de Paul Nizan et surtout de Jean-Paul Sartre avec lequel il fonde la revue Les Temps modernes, il perd l’amitié de ce dernier en défendant des idées hostiles au marxisme.
Faut-il voir en Michel Foucault un philosophe, ou plutôt un archéologue des idées ?
L’œuvre de Jacques Derrida est bâtie autour d’une idée forte : la déconstruction. Alors que dans les années 60, le monde académique s’enthousiasme pour le structuralisme (l’étude d’un objet au prisme de ses agencements internes), Derrida propose une critique du langage et des grands dualismes ayant structuré l’histoire de la philosophie.
« Le destin de notre époque est caractérisé par le désenchantement du monde. » Au tournant du XXe siècle, alors que la religion commence à se séculariser et que le capitalisme triomphe en Occident, Max Weber tente de comprendre les ressorts de ces évolutions. Quelles sont les valeurs qui caractérisent la Modernité et comment se sont-elles imposées ?
Sa Théorie de la justice est le livre de philosophie le plus commenté au XXe siècle. Pourtant John Rawls, son auteur, est toujours resté discret sur sa propre vie. Lorsque ce maître ouvrage paraît en 1971, après une dizaine d’années d’écriture, cet honnête professeur de philosophie politique à Harvard est un parfait inconnu.
Et si l’égoïsme était une vertu, et non un vice ?
Comment refonder l’éthique à l’ère de la sécularisation des sociétés et après le scandale des bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki ? Cette question traverse toute l’œuvre de Gertrude Elizabeth Margaret Anscombe, née en Irlande en 1919.
« Je me suis demandé plus d’une fois pourquoi Alain, dont j’ai été deux ans l’élève, que j’ai écouté pendant deux ans avec une attention, une admiration quasi religieuse, au point, comme c’était alors le cas des deux tiers d’entre nous, d’imiter sa façon d’écrire, a en définitive laissé en moi si peu de traces. Admirable éveilleur, il avait peu d’avenir dans l’esprit.
Quel est le fondement de l’éthique ?
« Elle avait quelque chose du Jugement dernier », affirme Jean d’Ormesson au lendemain de sa mort. C’est d’abord par son exigence et son intransigeance qu’on pouvait la qualifier ainsi.
Et si ce n’était pas la raison et la volonté, mais l’inconscient et ses pulsions violentes et destructrices, qui étaient la grande force de l’esprit et de l’histoire ? Voilà l’hypothèse scandaleuse qui est au cœur de l’œuvre de Sigmund Freud. Il la mettra à l’épreuve dans son approche, théorique et thérapeutique, de l’esprit humain.
« Faire de la philosophie, c’est être en route. Les questions, en philosophie, sont plus essentielles que les réponses. » Ces formules de Karl Jaspers résument bien ce qui fut son cheminement personnel, davantage constitué par les questionnements que par la constitution d’une doctrine ou d’un système bien établi.
Attention, un Ivan Illich peut en cacher un autre ! Vous connaissez peut-être Ivan Illitch – avec un « t » dans les transcriptions courantes –, c’est-à-dire le personnage dont Tolstoï analyse la mort imminente dans la nouvelle éponyme, mais êtes-vous également familier du philosophe ?
« Toute conscience est conscience de quelque chose. » Souvent citée, la fameuse phrase d’Edmund Husserl intrigue autant qu’elle amuse.
Le « cas Heidegger » est peut-être le plus épineux de toute l’histoire de la philosophie, et reste aujourd’hui la source de polémiques toujours très vives parmi ses spécialistes. Incontestablement en effet, Heidegger fut à la fois un philosophe important et un nazi. Mais fut-il les deux en même temps ou l’un indépendamment de l’autre ?
Assez mal connu du grand public, Gilbert Simondon jouit pourtant d’une grande estime auprès des philosophes de métier qui le considèrent souvent comme un esprit profondément visionnaire et original. C’est que Simondon est l’un des premiers, notamment en France, à s’intéresser à la « technique » au sens moderne du terme et à la place grandissante qu’elle occupe dans la société et dans nos vies.
Attention, terrain glissant ! Peu d’auteurs sont aussi controversés que Carl Schmitt sur le plan politique. Il est vrai que le parcours qu’il a suivi dans sa vie personnelle n’est pas innocent : au moment de l’accession de Hitler au pouvoir en Allemagne, en 1933, Carl Schmitt s’engage aux côtés des nazis et a foi dans le nouveau régime, antisémitisme compris.
La philosophie descend dans la rue ! Qui n’a pas en tête les clichés de Jean-Paul Sartre au Café de Flore ou distribuant dans Paris le journal La Cause du peuple, avec à ses côtés Simone de Beauvoir ? Sans doute avait-il le souci de se tenir au plus près du terrain, d’être concret, que ce soit dans ses combats politiques, dans ses conceptions philosophiques ou dans son œuvre littéraire.
Mathématicien, logicien, gentleman ou philosophe ? Russell est tout cela à la fois et bien plus encore puisque, outre son prix Nobel de littérature en 1950, il est également un homme très engagé dans la vie sociale et politique en faveur du pacifisme et ardent défenseur des droits de l’homme et de la liberté sexuelle… ce qui lui valut de passer un peu de temps en prison.
Rares sont ceux qui, en France, peuvent se prévaloir de connaître Quine. Le philosophe américain, professeur à Harvard pendant plus de 40 ans, est pourtant un auteur fondamental non seulement pour la philosophie analytique et l’épistémologie ; dans les pays anglo-saxons, il est même tenu pour une figure emblématique de la pensée contemporaine en général.
La philosophie, parfois, touche à la science-fiction. C’est le cas avec la célèbre expérience de pensée dite du « cerveau dans une cuve », élaborée par Hilary Putnam en 1981.
« Scientifiquement prouvé. » Sur les pots de crème de beauté comme sur les publicités vantant une thérapie innovante, cette formule est couramment utilisée pour convaincre les consommateurs de la réalité des profits qu’ils seront sûrs d’en tirer.
Quels sont les effets psychiques de la colonisation sur les peuples colonisés ? Et comment peuvent-ils se libérer d’un tel joug ? L’œuvre de Frantz Fanon, psychiatre et essayiste, prend soin d’articuler ces deux questions.
Le langage humain peut-il tout dire ? À cette question, le logicien autrichien offre deux réponses quasi-opposées. La première, condensée dans le Tractatus logico-philosophicus (1921), assure que non : le langage ordinaire est imparfait et il ne peut saisir toute la complexité du réel.
Et si le don n’était pas cet acte libre et gratuit, totalement désintéressé et purement généreux pour lequel on le tient ordinairement ? Et si le donateur attendait inévitablement un retour sous une forme ou une autre, reconnaissance ou cadeau ? Et si tout cela relevait d’un échange très codifié et déterminé par la culture ? C’est l’idée profondément novatrice de Marcel Mauss.
Faire advenir le communisme sans renoncer à la démocratie. Laisser le peuple s’orienter lui-même dans l’histoire sans céder au nationalisme et à la guerre. Tels sont, parmi d’autres, les objectifs que poursuit Rosa Luxemburg, la plus célèbre des militantes communistes du début du XXe siècle.
Les cultures humaines obéissent-elles à des lois universelles ? Par quelle méthode peut-on comprendre leur mode de fonctionnement ? Que nous enseignent les sociétés « naturelles » sur notre civilisation ? Ces questions sont celles que se pose Lévi-Strauss, le plus célèbre représentant français de l’anthropologie sociale.
Redonner à la pensée de Freud une nouvelle vigueur, se servir à la fois de la culture classique et des progrès de la linguistique pour mieux comprendre l’inconscient, modifier la pratique de la cure, telles sont les ambitions de Lacan, le plus célèbre des psychanalystes français.
Quelle est notre responsabilité à l’égard des générations futures ? Peut-on tirer de la religion ou de la morale classique un enseignement utile pour l’avenir ? Comment ne pas abandonner la nature à la technique ? Ces questions, ce sont celles que se pose Hans Jonas, philosophe allemand exilé, pionnier de la pensée écologique.
Nous n’en avons jamais autant su sur notre monde, les êtres qui l’habitent et leurs représentations collectives. Pourtant, ce progrès phénoménal des sciences de la matière, du vivant et des sciences humaines, n’a pas été suivi d’une meilleure connaissance de nous-mêmes.
Auteur de romans, de pièces de théâtre et de nombreux écrits politiques et philosophiques, Albert Camus est avant tout un témoin infatigable de son temps et un penseur de l’engagement des êtres humains dans le monde. Bien qu’il ne se revendique d’aucune philosophie systématique, l’œuvre de Camus développe tantôt dans ses fictions, tantôt dans ses essais, une réflexion profonde sur la condition humaine.
Traducteur, poète, journaliste, philosophe, critique d’art : Walter Benjamin navigue entre les genres comme il a parcouru l’Europe. Toute sa vie, il a tenté de faire sens des bouleversements techniques, esthétiques et politiques qui ont marqué la modernité.
Pourquoi hommes et femmes sont-ils si différents ? Après tout, nous sommes tous des esprits humains, en proie aux mêmes questions et aux mêmes doutes. Les deux sexes devraient dès lors se rapporter de la même manière au monde, aux choses, et aux gens qui les entourent. Pourtant, tel n’est pas le cas.
Pourquoi sommes-nous tant aliénés par la société de consommation ? Comment s’accommoder d’un monde de plus en plus artificiel ? Ces questions très concrètes sont celles que se pose Jean Baudrillard, philosophe et sociologue français, penseur de ce qu’on appelle la postmodernité, époque où les rêves glorieux de conquête du bonheur par le progrès se sont évaporés.
Comment transmettre le goût des sciences et expliquer leur progrès ? D’où vient l’inspiration des poètes ? Ces questions, ce sont celles que se pose Gaston Bachelard, l’un des plus célèbres représentants français de la philosophie des sciences.
Née à Hanovre mais ayant grandi à Königsberg, la ville de Kant, cette élève brillante, de confession juive, formée par Jaspers et surtout Heidegger, doit fuir le nazisme en 1933. Elle se réfugie d’abord en France où, devenue la secrétaire de la baronne de Rothschild, elle aide les Juifs exilés à gagner la Palestine.
Peut-on encore faire de la philosophie purement conceptuelle après les tragédies d’Auschwitz et d’Hiroshima ? Comment alerter les consciences séduites par la toute-puissance de la technique et aveugles à ses effets catastrophiques sur notre planète ?
Comment philosopher avec Marx durant la guerre froide ? Quelle méthode utiliser pour renouveler l’interprétation de la pensée politique classique ? Ces questions sont au cœur de la réflexion de Louis Althusser, figure majeure de la pensée française des années 1970.
Le XXe siècle n’est pas un siècle de progrès. Même les pays qui ont échappé à la guerre sur leur territoire, comme les États-Unis, se sont abêtis. Ce constat dérangeant, c’est celui que fait Theodor W. Adorno, le co-fondateur de la prestigieuse « École de Francfort » à laquelle appartiendront également Herbert Marcuse et Jürgen Habermas.
Soif de justice sociale et aspirations mystiques : c’est cette tension, cette vocation même, qui a guidé Simone Weil tout au long de sa courte vie. Celle qui meurt d’épuisement à 34 ans en 1943 s’échine à penser les phénomènes socio-politiques de son temps – la naissance du fascisme, l’aliénation des ouvriers – tout en s’ouvrant à « l’amour divin ».
Né le 18 octobre 1859 à Paris d’un père juif polonais et d’une mère anglaise, Bergson est de son vivant une star de la philosophie. On se presse à ses cours au Collège de France où il est nommé en 1900, on le lit et on le commente dans les salons, on lui décerne le prix Nobel de littérature en 1927.
« Pouvons-nous devenir moralement meilleurs ? C’est la question à laquelle la philosophie devrait essayer de répondre », affirme Iris Murdoch dans La Souveraineté du Bien (1970). Rien ne prédispose la jeune femme, née la même année que la République d’Irlande d’un père éleveur de moutons et d’une mère chanteuse, à méditer de tels problèmes.
Revenir à l’expérience – tel est le geste radical de John Dewey, placé sous l’influence des fondateurs du pragmatisme William James et Charles Sanders Peirce. Et cela est valable dans tous les domaines : esthétique, éthique, pédagogie et politique.
« Il m’apprit à nouveau la gaité : je ne connaissais personne de gai ; il supportait si allègrement le poids du monde que celui-ci cessa de m’écraser », écrit Simone de Beauvoir à son sujet.
Commentaires de philosophes, critiques de la psychanalyse, analyses d’œuvres, réflexions sur le quotidien… L’œuvre de Gilles Deleuze a-t-elle un fil conducteur ? Un emprunt à ses Pourparlers peut mettre sur la voie : elle aurait pour objet les « mouvements aberrants » qui donnent de la force et de la singularité à nos vies.