Nouvelles vagues

Comme un ouragan

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Comme un ouragan

© Kelly Sikkema/Unsplash

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Cet article est issu du numéro 184 de Philosophie magazine « Que faire de nos angoisses ? », en kiosque le 24 octobre 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Les violents épisodes climatiques se succèdent, ressuscitant un effroi archaïque. Mais ils pourraient également faire une victime inattendue : le système d’assurance.

 

Il n’a pas réussi à contenir ses larmes. Invité par une chaîne de télévision locale, un météorologiste américain s’est mis à pleurer, en direct, lorsqu’il a dû évoquer l’arrivée de l’ouragan Milton en Floride. Un détail qui en dit long : qu’il est loin désormais, le temps où les « miss météo » égayaient les émissions de divertissement par leur plastique avantageuse et leur sourire mutin !

« Deux hommes jadis vivaient dans le temps extérieur des intempéries : le paysan et le marin, dont l’emploi du temps dépendait, heure par heure, de l’état du ciel et des saisons », racontait Michel Serres lors d’une intervention (« La philosophie et le climat ») dans un colloque à Paris en 1989. Les Anciens scrutaient le ciel avec la crainte de subir le courroux des dieux. Quel contraste avec nous autres urbains, devenus « indifférents au climat » à force de vivre en intérieur ! Pour l’homme du XXe siècle, le ciel s’était réduit à un amas de données auxquelles il restait globalement indifférent – le bulletin météo. C’était compter sans la crise climatique. Aujourd’hui, le temps qu’il fait n’est plus un sujet de small talk mais l’objet d’une terreur profonde. Villes submergées, toits arrachés… L’irruption de phénomènes météorologiques de plus en plus violents provoque un effroi primitif. Comme si nous étions confrontés à une nouvelle divinité, cette nature avec laquelle nous avons rompu et « qui simplement se venge, nous appelle pour se rappeler à nous », pour reprendre les mots de Serres.

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