Dionysos contre le Crucifié
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Cet article est issu du numéro 104 de Philosophie magazine « La démocratie. Ça devrait être quoi ? », en kiosque le 27 octobre 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
À l’automne 1888, Nietzsche se trouve à Turin où il passera quelques mois parmi les plus exaltants et productifs de sa vie avant de franchir soudainement et définitivement, aux premiers jours du nouvel an, le pas qui mène d’une exubérante santé à la folie. Ecce homo appartient à cette phase et même si ce n’est pas le dernier ouvrage de Nietzsche, car il est suivi par un recueil de poèmes qu’il termina le 2 janvier 1889, les Dithyrambes de Dionysos, et même s’il n’a pas été écrit dans ce sens, il représente une sorte de testament philosophique où le philosophe met en scène son œuvre et sa personne.
Ce testament a été malheureusement censuré. Après l’avoir écrit d’un seul jet, du 15 octobre au 4 novembre 1888, Nietzsche l’avait envoyé aux typographes et avait commencé à corriger les premières feuilles d’épreuves. En janvier 1889, son fidèle ami Peter Gast, qui lui servait souvent de copiste, arrêta l’impression et s’empara du manuscrit qu’il jugea impubliable à cause d’une série de passages adressés contre la mère et la sœur de Nietzsche, contre la religion, contre l’Empire allemand, contre les antisémites. La sœur du philosophe se chargea par la suite de brûler les pages contenant les passages incriminés et ne publia Ecce homo que vingt ans plus tard. Malgré les prouesses philologiques de Mazzino Montinari qui ont permis de dénicher plusieurs falsifications et de trouver la copie d’un des passages brûlés, il faut être conscient que le texte d’Ecce homo qui nous a été transmis est mutilé.