Billet
En quête de consolation, avec “Intérieur nuit” de Nicolas Demorand. Le billet de Martin Legros
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Cet article est issu du numéro 189 de Philosophie magazine « Peut-on réparer ses erreurs ? », en kiosque le 24 avril 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l’Inconsolé », clamait Gérard de Nerval pour dire la perte de l’aimée, la mélancolie et la tentation surmontée de sa mort. Le journaliste Nicolas Demorand n’a pas perdu un être cher mais sa propre étoile. Dans Intérieur nuit (Les Arènes), il fait le récit d’une vie fracassée par la bipolarité, méconnue, puis cachée dans la honte avant d’être enfin traitée par la chimie, des soins dignes de ce nom… et par l’idée de la mort. Et ce récit vibre comme un appel à la consolation. Pendant près de vingt ans, celui qui se lève à 3h30 pour délivrer à la radio l’état du monde s’est demandé comment il allait mettre un pied devant l’autre. « Ce qui me définit, c’est d’être divisé, habité par deux personnages antagonistes qui s’ignorent et ne dialoguent pas, mais dont le frottement peut susciter une explosion psychique. Laquelle des deux [versions] est la vraie, la bonne ? » Aucune des deux, est-on tenté de répondre au terme de ce parcours d’un combattant pour viser, grâce à la persévérance des psychiatres et à la kétamine, un état intermédiaire, à la fois anesthésié et pacifié. Mais si consolation il y eût, au-delà d’une précaire guérison, elle est aussi venue de la « puissance thaumaturgique de la parole » et de l’écriture. « Écrire sur la maladie m’est apparu comme une possibilité de me la réapproprier et de desserrer tous les étaux. »