La femelle bonobo et l’étourneau blessé

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Cet article est issu du numéro 77 de Philosophie magazine « 77 - Mars 2014 », en kiosque le 20 février 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Voici une histoire qui a secoué le petit monde de l’éthologie, soit de l’observation des comportements animaux : un jour, au zoo de Twycross en Angleterre, une femelle bonobo âgée de 7 ans, Kuni, a recueilli un étourneau blessé. Et elle s’est occupée de lui. Elle l’a allongé dans sa paume, lui a déployé doucement les ailes, a essayé de le mettre debout sur ses pattes, l’a lancé en l’air, du haut d’un arbre, pour qu’il s’envole… ce que l’étourneau est finalement parvenu à faire. Betty Walsh, chef-soigneuse en charge des chimpanzés, en fut abasourdie : Kuni a prodigué son aide à un animal d’une autre espèce ; mieux, elle a secouru l’oiseau en employant des méthodes qui n’auraient pas été appropriées à un singe. C’est donc que la jeune bonobo était capable de se mettre à la place de l’étourneau, de deviner quels étaient ses besoins spécifiques à lui – une faculté que les éthologues appellent l’empathie.

« De plus, ces élans ne sont nullement unilatéraux, et la réciprocité s’observe souvent: entre l’homme et les animaux, il n’existe rien moins que des échanges d’ordre affectif »

En prenant un peu de recul, le fait qu’une telle observation ait été jugée surprenante a de quoi, à son tour, nous étonner : ne sommes-nous pas constamment en train de faire comme Kuni ? Nous autres, êtres humains, éprouvons de l’empathie, mais aussi toute une gamme d’émotions et de sentiments très variée, allant de l’affection à la peur, en passant par l’admiration et la répulsion, la compassion et la cruauté, envers les autres êtres vivants. De plus, ces élans ne sont nullement unilatéraux, et la réciprocité s’observe souvent : entre l’homme et les animaux – au premier rang desquels le chat, le chien, le cheval… –, il n’existe rien moins que des échanges d’ordre affectif. Il est bien connu que certains animaux, essentiellement des mammifères, s’attachent aux hommes qui s’occupent d’eux, les attendent, les fêtent quand ils les retrouvent, tentent de leur venir en aide quand ils sont menacés et manifestent même, en cas de décès de leur maître, une forme de tristesse apparentée à ce que nous autres, humains, appelons le « deuil ».

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