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Les 10 meilleures séries de 2025 : le top de la rédaction de “Philosophie magazine”

Temps de lecture : 6 min

Les 10 meilleures séries de 2025 : le top de la rédaction de “Philosophie magazine”

De g. à dr. : Nagore Aranburu dans “Querer” © Arte ; Thomas Ngijol dans “Empathie” © Canal+ ; Rhea Seehorn dans “Pluribus” © AppleTV ; Harrison Ford et Helen Mirren dans “1923” © Paramount+

Quelle série de 2025 rattraper pendant les fêtes, au coin du feu ? Pour vous guider, nous vous proposons un top 10 des séries que nous avons préférées cette année.


Les textes qui accompagnent ce top 10 sont repris de nos critiques parues tout au long de l’année, dans un format plus court.

“Pluribus”, saison 1

Vince Gilligan, créateur de Breaking Bad et de Better Call Saul, revient avec Pluribus, une série qui titille à nouveau notre rapport au bien et au mal. Un virus transforme les êtres humains en étranges zombies : ils deviennent des monstres... de bienveillance. Ces zombies trop gentils forment une conscience collective unique étouffante de bons sentiments, un peu comme si ChatGPT avait colonisé tous les cerveaux. Un idéal de vie ? Plutôt une dystopie ! Heureusement pour l’histoire, la romancière Carol Sturka (Rhea Seehorn) échappe à ce symptôme, comme treize autres Terriens. Craignant de voir sa subjectivité diluée dans un grand Tout lénifiant, elle tente de rallier les « rescapés » pour sauver l’humanité. Car il vaut mieux, nous montre-t-elle, être malheureux à sa façon qu’heureux à la manière de tout le monde. La fiche de la série.

“The Deal”

« Votre liberté d’action est-elle totale ? », demande un journaliste au tout début de cette nouvelle série d’Arte dont le sujet est explosif. À travers le personnage d’Alexandra Weiss (Veerle Baetens), chef de la mission suisse qui facilite les pourparlers, ce « thriller diplomatique » dramatise le temps des négociations internationales sur le programme nucléaire iranien dans un palace genevois, en 2015. Inspiré de faits réels, il pose de nombreuses questions philosophiques et d’actualité : la diplomatie est-elle un exercice de réalisme ? Qu’est-ce que ce bon deal (que Trump chérit tant) ? Faire confiance, est-ce se mettre en danger ou permettre l’échange – je vous invite à lire notre numéro sur le sujet ? Y a-t-il une raison du plus fort ? Vous avez six fois 45 minutes. La fiche de la série.

“The Pitt”, saison 1

Le docteur Carter de la série Urgences est de retour ! Enfin presque. Dans The Pitt, Noah Wyle campe le chef de service d’un hôpital public en crise. « Préparez-vous pour la bataille » pourrait être son cri de ralliement. Avec leurs uniformes sombres, leurs chaînes de commandement strictes et leurs gestes réflexes, les praticiens ont des airs de soldats au front. Soigner est un combat. C’est aussi l’art de poser un diagnostic dans l’urgence, selon des catégories bien définies. Dans Le Catalogue de la vie (PUF, 1970), François Dagognet loue une telle « perspective tabulatrice » : « Catégoriser constitue l’acte majeur de la modification. Cette praxis définit une ligne authentiquement libératrice. » Rigueur féconde, à ne pas confondre avec l’obsession pour les coupes budgétaires… On ne met pas en ordre pour figer le monde, mais pour le transformer. En mieux. La fiche de la série.

Ces films ont été chroniqués dans le mensuel ou sur notre newsletter culturelle “Par ici la sortie”, qui sort chaque vendredi. Abonnez-vous : elle est gratuite !

“Empathie”, saison 1

Plongée réaliste dans le quotidien d’un hôpital psychiatrique, Empathie, avec Florence Longpré et Thomas Ngijol dans le rôle des soignants, a bouleversé nombre de spectateurs. Et pour cause. Les personnages évoluent tous sur un fil minuscule, tendu entre la vie et la mort. Ils sont à vif, au bord de la crise, à deux doigts de hurler, de fondre en larmes ou de commettre l’irréparable... À l’instar des prisonniers de la caverne de Platon, certains patients souffrent du fait qu’on les pousse à redevenir lucides. Jusqu’où le personnel médical peut-il les contraindre ? La lucidité n’est pas un chemin de plaisance, mais une remontée brutale à la surface de la vie. Cette série si juste et attachante nous enseigne qu’il existe bien un droit à la vie lucide – mais qui n’a de valeur que s’il est accepté voire revendiqué par le malade lui-même. La fiche de la série.

“Too Much”

En anglais, être too much signifie à la fois « irrésistible » et « en faire trop ». L’expression donne son titre à la nouvelle série de Lena Dunham, créatrice de personnages hors pair qui réactive ce qu’on aimait dans Girls : dialogues au cordeau, représentation crue du réel, mélange de gravité et de légèreté. Jessica (Megan Stalter), trentenaire extravagante (« Le chaos m’a choisie ! »), déménage à Londres pour oublier son ex. Elle y rencontre Felix (Will Sharpe), musicien charmant quoique torturé, et côtoie le gratin indie. Oralement, physiquement, Jessica prend de la place. Pourquoi se faire toute petite ? Certes, selon La Rochefoucauld, la vie en société exige de la retenue. Mais occuper l’espace peut s’avérer bénéfique pour tous, car « il faut contribuer, autant qu’on le peut, au divertissement des personnes avec qui l’on veut vivre ». Et Jessica brille à cet exercice ! La fiche de la série.

“La Diplomate”, saison 3

Encore une série sur l’exécutif américain ? Oui, mais avec un vrai potentiel. Si l’analyse géopolitique a ses qualités, c’est surtout la réflexion sous-jacente sur la notion de couple qui séduit. Des couples, il y en a partout : le duo principal, Kate et Hal Wyler (Keri Russell et Rufus Sewell), power couple qui gère une grave crise diplomatique ; le couple institutionnel présidence-vice présidence, décisif pour l’intrigue ; des petits couples amoureux qui se font et se défont ; et le couple formé par les États-Unis et le Royaume-Uni, « deux nations séparées par une même langue ». La série semble affirmer que le couple structure tout ce qui existe : l’Être comme la société ne sont pas réductibles à une unicité. Tout est toujours double, dual, apparié. Et donc potentiellement conflictuel... La diplomatie, ou l’art de la dialectique en situation ! La fiche de la série.

“1923”, saison 2

L’hiver est tombé sur le ranch Dutton, dans cette préquelle de la série Yellowstone. Nous sommes dans les années 1920 et le couple Jacob et Cara Dutton (interprété par Harrison Ford et Helen Mirren) doit défendre sa terre du Montana convoitée par des promoteurs immobiliers, bien décidés à transformer cet eldorado en station de ski. Pour venir les assister, leur neveu Spencer (Brendan Sklenar) effectue un long périple depuis l’Afrique, offrant un beau récit en montage alterné. La saison 2 sonde un peu plus la naissance des États-Unis comme puissance capitaliste mondiale. Adam Smith écrivait : « Il ne faut jamais essayer de faire chez soi la chose qui nous coûtera moins cher à acheter qu’à faire. » Sans être tout blancs, les Dutton, qui tiennent à leur vie autarcique, rejettent l’idée. Autant pour ne pas perdre leur ranch que pour rester maîtres de leur force de travail – et donc de leur destin. La fiche de la série.

“Querer”

Querer : à la fois vouloir, aimer et désirer, en espagnol. La série fait du consentement un ressort dramatique. Miren (Nagore Aranburu) se libère de l’emprise de son époux Iñigo (Pedro Casablanc) et porte plainte pour viol conjugal. Lui tombe des nues, sûr de l’avoir toujours respectée malgré un comportement terrorisant, tandis qu’elle doit convaincre le tribunal et ses enfants qu’elle n’est pas « folle ». Car les violences se déploient aussi dans les zones grises, comme le note Manon Garcia dans La Conversation des sexes (2021). Les raisons d’accepter un rapport sexuel ne reflètent « pas toujours un choix suffisamment libre pour être considéré comme un consentement au sens que les philosophes et les juristes donnent à ce mot ». Et les violeurs sont généralement des « hommes tout à fait normaux ». Miren finira-t-elle par être écoutée ? La fiche de la série.

“The Rehearsal”, saison 2

Le comédien canadien Nathan Fielder incarne un coach malaisant qui conseille des personnes irrésolues en les faisant répéter à l’avance, comme au théâtre, une scène de leur vie. Convaincu que rien ne doit être accidentel, il entend même tirer les leçons... d’accidents d’avion ! Voici notre héros embarqué dans une répétition générale aéronautique, avec vrais-faux cours de pilotage et location de carlingue d’occasion. Pour Kierkegaard, on ne vit vraiment les choses que la seconde fois, lorsqu’on les revit : la répétition est un approfondissement de l’expérience. Dans la série, le rire naît du fait que la répétition prend au contraire appui sur notre lâcheté : c’est pour ne pas avoir à vraiment vivre, que nous sommes tentés de tout répéter à l’avance. Ou comment prouver, par l’absurde, qu’il n’y a de vraie liberté que dans la prise de risques. La fiche de la série.

“The Studio”

Elle a triomphé aux Emmy Awards et marqué les esprits grâce à sa mise en scène virtuose, notamment l’épisode 2 réalisé intégralement en plan-séquence. Conçue par Seth Rogen, The Studio aurait pu n’être qu’une satire de plus sur Hollywood, ses génies incompris, ses rêves déçus et ses coups bas. Mais la série va plus loin. Inspirée par le film Birdman d’Alejandro González Iñárritu, avec ce rythme façon jazz effréné et ce grain old school, elle interroge la possibilité même de renouveler une esthétique dans le 7e art à l’heure où l’IA et les plateformes ravagent tout. À grand renfort de caméos cinq étoiles (dont Martin Scorsese, délicieux) et de répliques cinglantes, The Studio brouille les frontières entre télévision et cinéma pour mieux réaffirmer le pouvoir de la fiction et nous redonner foi dans cette industrie aux défauts si pardonnables. La fiche de la série.

 

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