Portrait
Mikuláš Minář. Un fils spirituel de Václav Havel ?
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Cet article est issu du numéro 132 de Philosophie magazine « Que faire de nos émotions ? », en kiosque le 22 août 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
En ce début d’été, 250 000 personnes, de tous âges, venues souvent en famille, occupent joyeusement le parc Letná, juste derrière le château de Prague. Elles réclament, pour le sixième dimanche consécutif, le départ du Premier ministre tchèque Andrej Babiš et de la ministre de la Justice. La dernière fois qu’une telle foule avait manifesté dans la capitale tchèque, c’était en 1989, au faîte de la Révolution de velours qui avait provoqué la chute du régime prosoviétique de l’époque. Václav Havel haranguait alors ici même les manifestants. Aujourd’hui, c’est un jeune homme de 26 ans qui mène le bal. Mikuláš Minář est étudiant en philosophie et il a créé une dynamique impressionnante.
Avec son association apolitique Un Million de moments pour la démocratie, il veut tout faire pour éviter que son pays ne bascule du côté des démocraties « illibérales », comme la Hongrie de Viktor Orbán ou la Pologne ultra-conservatrice. Il nous raconte les origines de ce mouvement : « Nous avons débuté comme un groupe d’amis, des étudiants. Après les élections d’octobre 2017 qui ont permis à Andrej Babiš d’accéder au pouvoir, nous avons voulu mettre ce dernier sous contrôle. Il avait en effet promis à tous les citoyens de laisser s’épanouir la démocratie. La réalité est tout autre. Environ 60 % des sièges au Parlement sont occupés par trois partis : l’ANO, le parti populiste d’un seul homme, Andrej Babiš, le Parti communiste – qui n’a pas été réformé – et les populistes d’extrême droite » – pas franchement des démocrates d’après lui. Et les dénis de démocratie se multiplient. On reproche au Premier ministre d’être en plein conflit d’intérêts. Ce chef d’entreprise dans l’agro-alimentaire et propriétaire de médias est le deuxième homme le plus riche du pays. Selon la Commission européenne, il aurait détourné à son profit l’équivalent de 17,4 millions d’euros. Alors qu’il avait été élu pour lutter contre la corruption ! Ce n’est pas tout, selon Mikuláš Minář : avec la politique populiste de Babiš, « la démocratie est en réel danger. Les gars au pouvoir détruisent lentement les institutions démocratiques (médias libres, police, justice…). Si cette tendance se poursuit, cela pourrait être bien pire. En février 2018, nous avons lancé une pétition en ligne qui appelait à la démission de notre Premier ministre. Elle a recueilli 430 000 signatures, soit 4 % de la population tchèque ». Si l’on se rappelle que le Premier ministre a un passé au sein du Parti communiste, on comprend que les manifestants se croient parfois revenus trente ans en arrière…