Le tour d’une notion
Qu’est-ce que la lesbophobie ?
Paris, le 5 septembre 2025. Rassemblement devant le ministère de l’Éducation pour dénoncer le manque de soutien et de protection face à la lesbophobie et aux agressions LGBTIphobes, à la suite du suicide de la directrice d’école Caroline Grandjean-Paccoud. © Julien de Rosa/AFP
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« La lesbophobie tue » : le suicide de la directrice d’école Caroline Grandjean en témoigne tragiquement. Comment comprendre cette violence envers les femmes lesbiennes, qui conjugue misogynie et homophobie ?
« Une guerre a été entreprise contre le lesbianisme », écrivait la philosophe Monique Wittig en 1992 dans son livre La Pensée straight. Plus de trente ans plus tard, le suicide de Caroline Grandjean rappelle tragiquement que cette offensive contre les femmes lesbiennes existe encore. La directrice d’école avait été harcelée et régulièrement confrontée à des injures, matérialisées dans des tags « sale gouine » ou « lesbienne = pédophile ». « La lesbophobie tue », a réagi Julia Torlet, porte-parole de l’association SOS homophobie.
La lesbophobie est à la croisée de deux discriminations : envers le statut de femme et envers celui de lesbienne. Le terme, apparu en français dans les années 1990, est issu des travaux réalisés par l’association Coordination lesbienne en France, qui le définit comme « l’aversion à l’égard des lesbiennes qui les discrimine à la fois en tant qu’individues appartenant au groupe social femmes et en raison de leur homosexualité ». En plus de subir les discriminations misogynes vécues par les femmes et celles éprouvées spécifiquement par les communautés LGBT, les lesbiennes sont attaquées du fait de la combinaison entre leur statut de femme et celui de lesbiennes. Elles sont « soupçonnées de ne pas être de vraies femmes » et « accusées de trahir le rôle dévolu traditionnellement à leur sexe biologique », peut-on lire dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003), codirigé par le sociologue Didier Éribon. Autrement dit : on ne peut pas être à la fois « une vraie femme » et une lesbienne.
“L’existence lesbienne inclut à la fois la transgression d’un tabou et le rejet d’une forme de vie obligatoire”
La lesbophobie part donc du principe que le lesbianisme serait par essence contre-nature. Cette idée a pendant longtemps été entérinée par un discours médical qui prétendait expliquer le lesbianisme par une « malformation clitoridienne » et prescrivait des clitoridectomies – des ablations du clitoris – en guise de traitement. Si ce discours médical est aujourd’hui daté, l’idée selon laquelle les femmes lesbiennes seraient « contre-nature », continue d’infuser dans la société. Dans son rapport paru en 2024, l’association SOS Homophobie souligne la prégnance de cette idée, qui surgit dans l’espace public – via des insultes – mais aussi dans l’espace privé. « Tu penses ce que tu veux, mais une femme, c’est fait pour faire des enfants, c’est la vérité », assène par exemple la grand-mère d’une des participantes, après le coming-out de celle-ci.