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Cet article est issu du numéro 47 de Philosophie magazine « 47 - mars 2011 », en kiosque le 24 février 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Égypte/ 1er février 2011
Près de deux millions de manifestants réclament le départ du Président Hosni Moubarak.
C’est le jour où l’Égypte a pris la relève de la Tunisie dans le réveil démocratique du monde arabe. La capitale égyptienne s’impose alors comme le théâtre d’un événement sans précédent : un peuple entier brave la peur et réclame, avec le départ de celui qui gouverne le pays en autocrate depuis trente ans, la démocratie. Tandis que la communauté internationale est partagée entre inquiétude et sidération, le pouvoir se voit contraint d’ouvrir des négociations avec l’opposition. Si la suite des événements est incertaine comme dans toute révolution, pourquoi refréner son enthousiasme ? Contemporain de la Révolution française, Emmanuel Kant écrivait, au cœur de l’événement : « Peu importe si la révolution réussit ou échoue, si elle accumule misère et atrocités au point qu’un homme sensé qui la referait avec l’espoir de la mener à bien ne se résoudrait jamais néanmoins à tenter l’expérience à ce prix… » Ce qui fait la grandeur de la révolution, poursuit Kant, « c’est qu’elle trouve dans les esprits de tous les spectateurs (qui ne sont pas eux-mêmes engagés dans ce jeu) une sympathie d’aspiration qui frise l’enthousiasme et dont la manifestation même comportait un danger ; une sympathie par conséquent qui ne peut avoir d’autre cause qu’une disposition morale du genre humain » (Le Conflit des facultés). Le principe moral seul à même de susciter un tel enthousiasme, c’est pour Kant, le droit d’un peuple de se doter d’une Constitution républicaine, fondée sur la liberté et propre par sa nature à éviter la guerre offensive… À la différence des intellectuels européens d’aujourd’hui, enfermés dans une prudence cauteleuse, Kant voit dans l’enthousiasme moral des spectateurs un critère pour juger un tel événement et un moyen de comprendre la logique contagieuse de la révolution démocratique.