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Cet article est issu du numéro 60 de Philosophie magazine « 60 - juin 2012 », en kiosque le 28 juin 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

France

28 avril / La Commission d’indemnisation des victimes d’infraction (Civi) d’Épinal reconnaît pour la première fois le droit d’un agriculteur contaminé par des pesticides.

Après la victoire en février d’un céréalier charentais contre la multinationale Monsanto, un agriculteur lorrain, Dominique Marchal, ayant développé un cancer après avoir été exposé pendant des années à du benzène présent dans plusieurs pesticides, se voit reconnaître le droit d’être indemnisé par l’État. À charge pour la puissance publique de se retourner contre les entreprises qui ont « laissé sciemment sur le marché des produits dangereux alors qu’ils avaient une obligation de prudence ». Ces décisions établissent pour la première fois un lien direct entre les maladies des agriculteurs et l’utilisation de produits phytosanitaires. Dans un article paru en 1987, « La pire erreur de l’Histoire de l’humanité », Jared Diamond, biologiste évolutionniste et professeur de géographie à l’université de Californie, s’en prenait à la vulgate progressiste qui fait de la révolution néolithique survenue il y a cinq mille ans l’événement le plus bénéfique de l’histoire humaine. Si l’on y regarde de près, la domestication des plantes et des animaux a apporté avec elle plus de maux que de biens (inégalités sociale et sexuelle, travail aliéné, despotisme politique, maladies graves, carences alimentaires résultant d’une nourriture plus abondante mais moins diversifiée, effondrement de la taille, etc.). Elle fut même, écrit-il, « une catastrophe dont nous ne nous sommes jamais relevés […] Nous luttons toujours avec le désordre provoqué par l’agriculture, et il n’est pas certain que nous puissions le résoudre ». Allant dans le même sens, Claude Lévi-Strauss affirmait à la fin de sa vie, face à la fusion des révolutions industrielle et néolithique : « L’espèce humaine vit sous un régime d’empoisonnement interne. » Lorsqu’on voit de nombreux agriculteurs, obligés, dans un régime d’agriculture intensive, de s’empoisonner et de nous empoisonner pour rester compétitifs, on en viendrait presque à douter, avec Jared Diamond, de la fonction positive de l’agriculture dans l’histoire de l’humanité…

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