Stratagème n°35. Généralisez
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Cet article est issu du numéro 77 de Philosophie magazine « 77 - Mars 2014 », en kiosque le 20 février 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Comment s’en servir
Pour utiliser pleinement un syllogisme, un peu de mauvaise foi suffit. Ainsi, lorsque vous avancez vos arguments, passez du particulier à l’universel. Au lieu de partir d’une proposition universelle (tous les hommes sont mortels), commencez par une proposition dite « existentielle » (quelques chats sont gris). Puis développez : « Quelques chats sont gris, or Félix est un chat, donc Félix est gris. » Une conclusion qui entérine notre tendance aux généralisations hâtives. C’est ainsi qu’on attribue, par exemple, une réputation de paresse aux enseignants : « Souvenez-vous de X, qui rendait toujours ses copies en retard, ou de Y, qui ne ratait jamais une grève. Or X et Y avaient l’image de professeurs modèles. N’est-ce pas la preuve que tous les enseignants n’ont aucun scrupule à travailler le moins possible ? » L’astuce vient de ce qu’on ne part pas d’une seule situation mais de plusieurs, ce qui semble légitimer la généralisation à tous les cas. Aristote lui-même s’autorisait à recourir à ce type de syllogisme (dit « inductif ») : « L’âne, le mulet, le cheval vivent longtemps ; or ce sont là tous les animaux sans fiel. Donc tous les animaux sans fiel vivent longtemps. » Un tel syllogisme ne peut être qu’hypothétique, car seule l’observation de tous les cas permettrait de conclure à une loi universelle. Mais cette observation est impossible tout comme il est impossible d’évaluer le travail réel de tous les enseignants…