Stratagème n°44. Pratiquez la symétrie
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Cet article est issu du numéro 86 de Philosophie magazine « 86 - février 2015 », en kiosque le 15 janvier 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Comment s’en servir
Pour discréditer votre adversaire, montrez-lui qu’on peut atteindre les mêmes conclusions que lui en employant une argumentation diamétralement opposée à la sienne. Vous fragiliserez ainsi sa thèse en feignant de la partager, tout en la contaminant par des arguments qu’il se refuserait à utiliser. Si votre interlocuteur soutient que l’euthanasie est tout à fait légitime parce qu’elle permet à des personnes incurables de mourir dans la dignité, rétorquez : l’euthanasie est effectivement une bonne chose parce qu’elle permet au corps médical de faire de sérieuses économies et aux familles de se soulager d’une charge trop contraignante qui leur gâche l’existence. L’astuce consiste ici à jeter le soupçon sur la valeur de la thèse adverse, en laissant penser que, si elle autorise l’usage d’arguments symétriques pour être défendue, elle peut être interprétée dans n’importe quel sens, et donc qu’elle ne vaut rien. Nous admettons spontanément que si deux argumentaires sont contradictoires, leur conclusion doit l’être aussi. Ainsi, là où votre adversaire veut convaincre que la mort donnée volontairement peut constituer un geste éthiquement souhaitable, vous aurez suggéré au contraire que ce geste peut être motivé par des intentions bien peu morales. Au demeurant, l’euthanasie, que déjà Thomas More défendait dans son Utopie (1516), arguant que « c’est agir sagement que de mettre fin par la mort à ce qui a cessé d’être un bien pour devenir un mal », reste aujourd’hui encore en débat.