Éléments pour une philosophie de la santé

Une recension de Charles Perragin, publié le

Qu’est-ce que la santé ? Y a-t-il une différence de degré ou de nature entre le corps sain et le corps malade ? À l’heure de la surmédicalisation et quand la santé devient pour chacun un capital à augmenter, Arnaud François rappelle que, si les concepts de santé et de maladie « n’ont pas de réalité objective », la philosophie doit s’en emparer pour ne pas les abandonner aux seules injonctions des politiques publiques.

Au XIXe siècle, tandis que l’on découvre les maladies infectieuses, la santé est conçue comme l’état idéal d’un corps exempt de toute affection, non diminué par une cause extérieure. Au milieu du XXe, le philosophe et médecin Georges Canguilhem invite à la penser comme « pouvoir » d’adaptation au monde, évalué dans le temps et au niveau de l’individu. Arnaud François prolonge cette référence indépassable en puisant dans la tradition phénoménologique. Il propose ainsi d’abolir l’opposition entre l’organisme et l’environnement extérieur.

Selon lui, la santé comme la maladie reflètent une « compréhension du monde ». L’organisme entrelacé au monde fait émerger un « territoire » sensoriel et intelligible, circonscrivant une capacité d’agir mais aussi un potentiel de résistance à l’imprévu. Ainsi, l’être-malade se caractérise par un territoire rétréci, où les possibilités d’interactions s’évanouissent ou mutent. Une piste intéressante pour repenser, à l’échelle individuelle, les approches thérapeutiques et les politiques sanitaires.

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