Faces. Une histoire du visage

Une recension de Philippe Garnier, publié le

Il nous exprime en même temps qu’il nous cache, il nous singularise en même temps qu’il nous noie dans la banalité humaine. Ce visage, dont Emmanuel Levinas disait que la dimension du divin s’ouvre à partir de lui, peut-il avoir une histoire ? Dans ce livre, annonce l’historien allemand Hans Belting, « le visage est conçu comme le point de fuite de toutes les images qui, soumises au flux ininterrompu du temps, achoppent sur son caractère irreprésentable – éternelles perdantes qu’elles sont de la compétition avec le visage en chair et en os ». Il s’agit bien ici d’une histoire des représentations du visage, mais dans une tension permanente qui s’instaure avec l’insaisissable point de fuite du visage vivant. Cette approche permet à Belting de mettre en résonance des références riches et nombreuses, qui vont du masque rituel à l’image virtuelle, en passant par le jeu du comédien, l’art du portrait peint, l’instantané photographique et le gros plan cinématographique. Si le « vrai » visage est inatteignable, toute l’histoire de sa représentation est sous-tendue par cette expérience fondatrice. C’est une perpétuelle quête d’âme, de vie pure du visage, qui fait et défait les formes. La fin du masque rituel entraîne l’apparition du jeu du comédien. La crise du portrait en peinture déclenche la violence de l’autoportrait et la recherche de l’instant en photographie… Même l’explosion technologique actuelle des moyens de reproduction souligne, selon Belting, l’impossibilité de cette capture finale.

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