La lettre du mardi

10 bonnes raisons d’arrêter de regarder des séries

Temps de lecture : 3 min

Photogramme extrait de la saison 4 de la série “Stranger Things”

Photogramme extrait de la saison 4 de la série “Stranger Things”. © Netflix

Après deux épisodes supplémentaires de Squadra Criminale – série policière pas terrible censée lui faire apprendre l’italien –, Michel Eltchaninoff a fermé son écran et a gravement proféré : “J’arrête les séries.”

 

« Fini les séries, donc, en ce qui me concerne. Voici mes raisons :

  1. Comme si l’on avait besoin de nouvelles drogues ! Ivresse de l’oubli, shots d’adrénaline et de dopamine, trip psychédélique, boulimie d’imaginaire, oubli de la fatigue et diminution du stress, les séries synthétisent tous les narcotiques. Sans compter l’accoutumance.
  2. Le dernier rétro. De nombreuses séries nous plongent dans des époques pas si lointaines : les années 1980, avec leurs T-shirts multicolores et leurs jeans à pinces (Stranger Things), les seventies et leurs imposantes lunettes-coiffures, comme celles qu’arbore Tahar Rahim dans Le Serpent… C’est culte, forcément culte. Mais un peu agaçant quand ça devient systématique. Notre nouvelle vie, c’est métro-boulot-rétro.
  3. Une fausse bonne idée en guise de scénario. Ça commence bien, d’habitude. Ah, intéressant, cette petite fille coincée dans un orphelinat qui se met à exceller aux échecs quand elle prend des drogues (Le Jeu de la dame). Mais la suite ressemble à la plus plate des success stories. On sait qu’elle va battre tout le monde et se libérer de ses mauvais démons. Pffff.
  4. Halte au coaching ! Tiens, c’est bizarre, mais cette palpitante série sur des espions soviétiques installés aux États-Unis sous Reagan, The Americans, se transforme en pesante thérapie de couple. Quant au visionnage du (génial) Bureau des légendes, ne sommes-nous pas en train de regarder une séance de coaching de survie en milieu professionnel ou une parabole des doubles vies ? Ça refroidit.
  5. Il y en a trop de nulles – mais on s’en rend compte trop tard, et une fois qu’on est hameçonné, on ne peut plus les lâcher.
  6. Il y en a trop d’excellentes – mais regarder toutes les saisons de Twin Peaks, Les Soprano, Homeland, House of Cards etc., ça prend plus de temps que de lire À la recherche du temps perdu.
  7. On s’affale dans la fiction. Bergson a raison : face aux difficultés de l’existence et aux exigences de la réflexion, notre “faculté spéciale d’hallucination volontaire”, ce “contrepoids à l’intelligence”, est parfois bénéfique. Mais cette “fonction fabulatrice” qu’il évoque dans Les Deux Sources de la morale et de la religion (1932) ne risque-t-elle pas de nous faire sombrer dans l’oubli du réel ?
  8. Perfectionnisme moral, mon œil. Ceux qui défendent les séries télé évoquent souvent le philosophe américain Stanley Cavell. En passant du temps domestique avec un personnage qui nous ressemble, le spectateur noue avec lui une familiarité qui permet de réfléchir à sa propre existence, et de l’améliorer sans effets de manche. Mais que se passe-t-il quand cette fréquentation s’éparpille entre tueurs en série, politiciens véreux et héros d’heroic fantasy ? Aucun jugement moral ici. Mais face à la production de séries de plus en plus luxueuses (Les Anneaux de pouvoir notamment), on se demande si les séries jouent encore leur rôle dans le perfectionnement éthique ordinaire.
  9. Sauvons les salles de cinéma. L’un n’empêche pas l’autre, mais si l’on sortait voir un film d’une heure et demie avec des amis ? Histoire aussi d’éviter que le cinéma ne se fasse dévorer par les grandes plateformes, qui nous préfèrent en pantoufles.
  10. Tiens, un livre. Ça doit être bien aussi.

C’est juré : demain, j’arrête. »

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