Hors-série "L'art de ne rien faire"

Perd-on son temps à regarder des séries ?

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Perd-on son temps à regarder des séries ?

© Andrew Quilty / Agence VU

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Cet article est issu du Hors-série n°N°58 de Philosophie magazine « L’Art de ne rien faire », en kiosque le 27 juillet 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Elles font l’objet de toutes nos conversations, elles monopolisent nos soirées... les séries télévisées sont devenues un art à part entière. Peut-on encore les réduire à du « temps de cerveau disponible » ?

 

Cinq mois, vingt jours et sept heures. C’est le temps que j’ai passé devant des séries depuis que j’ai quitté le cocon familial, en 2003, selon le calcul fourni par l’embarrassant site tiii.me. Une demi-année devant un écran, jour et nuit, pour voir (ou revoir !) des programmes dont je reconnais volontiers qu’ils ne rivalisent avec aucun chef-d’œuvre signé Descartes, Woolf ou Dreyer. Était-ce du temps perdu ?
 

Pour que cette question ne soit pas un simple exercice d’autoflagellation, il faut se demander comment un consommateur de séries pourrait employer son temps autrement. Rentrer du travail et ouvrir les Méditations cartésiennes de Husserl ? Certains en rêvent mais, soyons honnêtes, c’est infaisable. La consommation de séries répond à un besoin autant qu’à un plaisir, celui de changer de temps social et de rendre ces heures plus douces, amusantes ou captivantes. En se branchant sur Netflix ou OCS, on ouvre un espace de digression utile à l’esprit et au corps : on recharge les batteries en attendant de pouvoir grimper un col plus ardu, en lisant un gros bouquin le week-end par exemple. Parce qu’elle est un art de l’étirement et parfois de l’égarement autant qu’une œuvre cyclique dont la masse narrative s’avère bien souvent débordante – multiplicité de personnages, surinvestissement des dialogues, méandres de l’intrigue –, la série ne saurait exiger de nous qu’on lui consacre une attention de tous les instants. On peut discuter, scroller, zapper un épisode ou faire la vaisselle devant House of Cards sans avoir le sentiment que ses showrunners se fâcheraient rouge en l’apprenant – une telle attention diffuse est moins permise avec d’autres nourritures spirituelles.

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