2006-2026 : une histoire philosophique des vingt dernières années

2018 : une nouvelle économie du désir

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2018 : une nouvelle économie du désir

Svenja Flaßpöhler, la rédactrice en chef de notre édition allemande. ©Johanna Ruebel

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Cet article est issu du numéro 200 de Philosophie magazine « On change d'ère ? “Philosophie magazine” a 20 ans ! », en kiosque le 04 juin 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Making-of

Ce texte de la rédactrice en chef de notre édition allemande Svenja Flaßpöhler a été le point de départ de l’écriture d’un essai, Die Potente Frau (« La femme puissante »), véritable phénomène éditorial outre-Rhin.


Extrait du n° 38 de l’édition allemande

« Les discussions autour de #MeToo ne faiblissent pas. […] C’est grâce à #MeToo, incontestablement, qu’il peut être mis fin aux agissements d’hommes comme Harvey Weinstein, qui aurait contraint des femmes à des relations sexuelles durant des décennies. Et pourtant : le véritable noyau de la misogynie structurelle n’est pas touché par cette campagne. Plus encore, #MeToo tend, à certains égards, à le consolider. Ce noyau réside dans une logique du discours et du désir qui ne conçoit pas le féminin comme une puissance propre, mais comme essentiellement rapporté au masculin. Pour le mouvement #MeToo, et c’est ainsi qu’il se caractérise, les femmes occupent une position purement passive du point de vue libidinal : la campagne – tout comme la loi dite “Non, c’est non” adoptée en 2016 – vise en définitive à élaborer des stratégies pour gérer le désir masculin, pour le combattre, pour protéger efficacement les femmes contre lui. Ce qui demeure pourtant étrangement absent dans ces tentatives, c’est la position du féminin lui-même : rien, absolument rien, n’y est dit du désir des femmes. Il ne s’agit évidemment pas de prétendre que les femmes exposées à des violences bien réelles devraient simplement se montrer plus actives sexuellement. Ce qui est en jeu, c’est plutôt la transformation d’une économie du désir héritée de longue date, selon laquelle la relation entre les sexes gravite autour du phallus tout-puissant : un désir dominant auquel les femmes ne peuvent, au fond, que réagir. »

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