Entretien

Alexandre Lacroix : “Ce que les enfants apportent à l’adulte, c’est l’accès au présent”

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Alexandre Lacroix : “Ce que les enfants apportent à l’adulte, c’est l’accès au présent”

© Annie Spratt/Unsplash

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Dans son nouveau livre, La Naissance d’un père (Allary Éditions), le directeur de la rédaction de Philosophie magazine Alexandre Lacroix fait le récit, à la fois personnel et universel, de ses paternités. Une redéfinition de l’idée de filiation, qui se nouerait dans la relation plutôt que dans l’héritage.

 

Devenir père, c’est avoir la possibilité de revivre des émotions fondamentales. Les enfants « nous rendent le monde une deuxième fois ». Qu’est-ce à dire ?

Alexandre Lacroix : Ce que les enfants apportent à l’adulte, c’est l’accès au présent. Dans la vie quotidienne, nous sommes obnubilés par nos tâches et nos objectifs. Mais si on veut jouer avec un enfant, on doit les mettre de côté. Car si l’on est distrait, l’enfant ne s’amusera pas avec nous, il va s’ennuyer. Il faut être là, vraiment là, et ce n’est pas une quête spirituelle. Et puis l’enfant nous réapprend à voir le monde, il nous fait redécouvrir le mystère des objets qui nous entourent. Un oiseau, un avion, un tire-bouchon, une grosse cuillère en bois… Dans les yeux d’un nouveau-né, ces objets qui nous entourent acquièrent un relief extraordinaire. Et, à travers lui, on s’aperçoit qu’on ne les voyait plus soi-même. On ne redevient pas enfant quand on devient parent, mais on retrouve une qualité d’attention qu’on tend à perdre en grandissant. 

 

Le père et l’enfant éprouvent aussi une admiration mutuelle, mais qui ne tient pas vraiment à leurs qualités. 

Comment ne pas admirer un nouveau-né, la délicatesse de ses doigts, le caractère fini, parfait de ses mains, mêlé à leur petitesse. C’est un objet de fascination immédiat. Mais la fascination tient aussi au fait que les traits de l’enfant mélangent étrangement ceux de ses parents. C’est comme s’il avait procédé à une réinterprétation libre de ce que sont le père et la mère. C’est une incarnation saisissante de l’amour. Et puis, il y a des éléments plus intellectuels, comme la pertinence de ses questions, la rapidité de sa pensée. 

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