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Astérix à la BnF: aventure, humour et philosophie

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Astérix à la BnF: aventure, humour et philosophie
La Bibliothèque nationale de France met Astérix à l'honneur à l'occasion d'une exposition qui débute aujourd'hui. Où l'on découvre les ressorts d'un phénoménal succès ainsi qu'une leçon existentielle et politique.

« Astérix, comme toutes les bandes dessinées, c’est du rêve, du rire, de l’aventure », résume son scénariste, René Goscinny (mort en 1977). Cette aventure, la Bibliothèque nationale de France (BnF) a choisi de la retracer en consacrant une exposition à l’irréductible Gaulois : Astérix à la BnF !

Elle met à l’honneur le don du dessinateur Albert Uderzo, en mars 2011, de 130 planches issues de trois albums : Astérix le Gaulois, La Serpe d’or et Astérix chez les Belges, tout en revenant sur ce phénomène remarquable, né à la fin des années 1950.

«Goscinny maîtrise ce que Pascal appelait “l’art de persuader ”»

Frédéric Worms

À quoi tient ce succès (plus de 350 millions exemplaires vendus) ? Au talent de son scénariste, d’abord. Selon le philosophe Frédéric Worms, interrogé dans le livre La Vie a-t-elle un sens? Bande dessinée et philosophie, le génie de Goscinny tient à ceci qu’«entre le comique et l’aventure prend place un troisième élément, indispensable et impalpable, fragile et vital: l’humour. Goscinny ne néglige jamais les deux premiers et y insère systématiquement le troisième.» Par-delà les gags, le comique de répétition et de situation, la parodie, les jeux de mots, les réécritures de l’histoire ou les détournements culturels, l’humour de l’auteur repose sur un regard distancié: «L’humour prodigue une leçon qui déborde celles du comique et de l’aventure, mais s’appuie sur leurs ressorts. Goscinny maîtrise ce que Pascal appelait “l’art de persuader”.»

Cet art de persuader, Nicolas Rouvière y est sensible. Contributeur au catalogue de l’exposition, auteur d’Astérix ou les lumières de la civilisation (PUF, 2006) et Astérix ou la parodie des identités (Flammarion, 2008), il défend une lecture universaliste des aventures du Gaulois et de sa bande et relève dans la bande dessinée une sensibilité pour la question sociale ainsi qu’une leçon politique et économique. Selon lui, elle «défend des valeurs anti-impérialistes et anticoloniales et se montre ouverte à une Europe des peuples et des nations. […] Astérix semble en phase avec la pensée mendésienne, qui cherche un équilibre pour tempérer le capitalisme libéral, sans céder au dirigisme étatique. […] Face à l’ensemble étatique qu’est l’Empire romain, les Gaulois, en apparence beaucoup plus primitifs, sont en fait plus avancés, puisqu’ils vivent dans une République laïque en miniature.»

Ces leçons existentielles, sociales et politiques traduites en 112 langues, dessinent une «jolie philosophie de la vie» (Worms) qui n’aura pas échappée aux lecteurs d’Astérix et n’échappera sans doute pas aux visiteurs de l’exposition présentée à la BnF. Parcouront-elles également les planches d’un 35e album à paraître prochainement (le premier à n'être signé par aucun de ses créateurs, mais écrit par Jean-Yves Ferri et dessiné par Didier Conrad) ? Réponse le 24 octobre dans Astérix chez les Pictes.
 

À lire: Astérix de A à Z, sous la direction de Carine Picaud (Hazan/BnF éditions, 2013)