Reportage

Au Hellfest, joyeuses batailles, “failles existentielles” et vieux démons

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Au Hellfest, joyeuses batailles, “failles existentielles” et vieux démons

Édition 2024 du festival “Hellfest”, à Clisson (44). © Jérôme Fouquet/Ouest-France/Maxppp

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Le Hellfest, plus grand festival de France, s’est tenu le week-end dernier dans la petite ville de Clisson (Loire-Atlantique). Dédié aux musiques extrêmes – même s’il accueille désormais des formations rock plus classiques –, il permet aux festivaliers de se défouler pendant quatre jours. Une certaine idée de l’engagement physique… et politique ? Le récit d’Ariane Nicolas.


 

« Circle pit ! Circle pit ! » Quiconque assiste à un concert au Hellfest a de fortes chances de s’entendre adresser ces mots dans la fosse. Les groupes de metal, de punk ou de hardcore – avec la myriade de sous-genres que ces styles charrient – aiment inciter le public à former un joli bordel près de la scène, chaos pouvant prendre la forme d’un cercle humain tournoyant. Le traditionnel « pogo » (tout le monde se pousse, sans plan géométrique) fait aussi partie de la panoplie des « danses bousculées » métalleuses, de même que le plus radical « mur de la mort » : le public se scinde en deux et chaque partie se rue l’une sur l’autre, comme sur un champ de bataille d’où, bien heureusement, tout le monde ressort vivant.

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« Les non-métalleux ne comprendront jamais que ce genre de moment est amical et non violent », s'amuse le compte Instagram @thrashMEMEtal, spécialisé dans les mèmes dédiés à la culture metal, sous la vidéo du monstrueux « mur de la mort » qui a fait trembler le plus grand festival de France, jeudi 27 juin. Certains susurrent que ce « wall of death », prévu de longue date, est le plus grand à avoir jamais été organisé – les images de milliers de festivaliers se fonçant dessus sont effectivement impressionnantes. Une atmosphère agressive mais « bon enfant », à en croire les participants : la brutalité apparente vise surtout à « libérer le maximum d’énergie possible » et à « aller au contact, ce qu’on fait rarement dans la vraie vie sans que ça ne porte à conséquence », témoigne Léo, frêle étudiant en informatique aux cheveux trempés de sueur.

La nuit tombe. © Ariane Nicolas

La nuit tombe sous le regard enflammé de la Gardienne des ténèbres, création de la compagnie nantaise La Machine. © Ariane Nicolas

Fear Factory, Machine Head, Megadeth, Show Me the Body, Pain of Salvation, Tom Morello (de Rage Against the Machine), Brutus, Mass Hysteria, Shaka Ponk, Suicidal Tendencies, Eivør, Emperor… et Metallica en point d’orgue, samedi soir. La programmation de l’édition 2024, éclectique comme à l’accoutumée avec 180 groupes mais peut-être aussi plus grand public (« Les Foo Fighters et The Offspring, ça fait quand même très Rock en Seine », ricane-t-on au stand à bières), a offert son lot de joyeuses batailles et de rage maîtrisée. Un passage obligé pour les amateurs de musique extrême, habitués à assister ou participer à ces joutes entre inconnus dans la fosse (« pit »), dont la symbolique dépasse l’étreinte affectueuse – virile à 90%.

Comment expliquer cette passion du combat feint pour accompagner une écoute musicale ? En bon fan de metal, le penseur allemand Hartmut Rosa, connu pour avoir théorisé la « résonance », se frotte à cette question dans son vibrant essai No Fear of the Dark. Une sociologie du heavy metal (La Découverte, 2024). Selon lui, le metal est le seul genre musical, avec la techno, à éveiller le corps à ce point. « Bouleversé par l’expérience sonique et visuelle » de la scène, le métalleux se coule dans une « écoute somatique de la musique avec la peau et le corps ».

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