Le chant des signes

Baguette tradition, la nostalgie du futur

Temps de lecture : 3 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 48 de Philosophie magazine « 48 - avril 2011 », en kiosque le 30 mars 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Elle est à la banale baguette ce que l’original est à sa copie, noblesse oblige. Garante d’un voyage dans le « bon vieux temps », la « tradi » est pourtant à l’avant-garde du marché mondial de l’authentique, où tout ce qui n’est pas antique est démodé.

Pétrie, façonnée, malaxée, incisée, rafraîchie, modelée, réservée, cuite avec amour et sans additif, la « baguette de tradition française » – ou « tradi » – est à la banale baguette de pain ce qu’une crème brûlée avec de vraies gousses de vanille est à un flan de supermarché, ou, plus généralement, l’original à sa copie. Des creux de sa croûte sertie d’alvéoles aux cavités spongieuses et encore tièdes de sa chair ambrée, tout en elle témoigne d’un saveur-faire, d’une paume experte, de la patte sous la pâte, de l’artisanat, en un mot, considéré comme l’un des Beaux-Arts : la tradi, ça sent les mains. Ça sent l’humus. Ça sent l’humain.

La tradi n’a pas d’âge. L’épopée de sa confection nous parle d’un temps que les moins de 100 ans ne peuvent pas connaître, d’une ère sans machine où la valeur tenait lieu de prix et l’Homo faber était à lui-même son propre outil. La tradi date du bon vieux temps, de la nature avant l’histoire, de l’organique avant le vêtement. Elle est l’avant-goût de l’époque imaginaire où le pain se prenait pour un corps, du siècle et du monde parallèles où les productions de l’intelligence étaient dociles, où l’usage n’était pas noyé dans l’échange, et la vie donnait le jour sans l’assistance des machines. Le froment ne ment pas : la tradi, elle est nature.

Cet article est réservé aux abonnés