Consommation / Alimentation

La baguette a-t-elle un prix ?

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La baguette a-t-elle un prix ?

© Sergio Arze/Unsplash

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Cet article est issu du numéro 157 de Philosophie magazine « Comment la droite s’est emparée des esprits », en kiosque le 17 février 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Depuis la mi-janvier, une chaîne d’hypermarchés met en vente une baguette à 29 centimes. Prise au nom de la défense du pouvoir d’achat, cette décision occulte peut-être la dimension symbolique du pain.

 

« Le peuple français est, comme on le sait, celui qui consomme le plus de pain », écrivait Alexandre Dumas dans son Grand Dictionnaire de cuisine, en 1873. Ce trait hexagonal n’a rien perdu de son actualité. En témoigne la polémique suscitée par l’enseigne Leclerc, qui a décidé de vendre la baguette à 29 centimes, soit environ trois fois moins cher que son prix habituel. Le coût du pain est un enjeu social et politique. De plus, si l’aliment peut paraître banal, il a une fonction symbolique dont attestent les grands classiques la littérature française.

D’abord, le prix du pain cristallise le mécontentement populaire, comme le résume la célèbre citation apocryphe « s’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche », que l’on prête à tort à Marie-Antoinette. Elle a notamment été relayée par Rousseau qui, dans ses Confessions, évoque le « pis-aller d’une grande princesse à qui l’on disait que les paysans n’avaient pas de pain ». La formule est ainsi devenue le symbole de la distance entre les élites et le peuple. Cette image du pain comme preuve accablante de la famine populaire se retrouve aussi chez Rimbaud, dans le triste poème Les Effarés. Cinq enfants en haillons y « écoutent le bon pain cuire » sans pouvoir y goûter, les pauvres diables en « crèvent leurs culottes » d’envie. Mais si le manque de pain traduit une terrible pauvreté, l’aliment nourrissant et bon marché est aussi un vecteur de charité. Dans Les Illusions perdues, par exemple, Balzac évoque le restaurant Flicoteaux situé sur la place de la Sorbonne : le pain y est gratuit, et les étudiants peuvent se servir « à discrétion c’est-à-dire jusqu’à l’indiscrétion ».

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