Entretien

Adrien Louis : “Pour revaloriser le métier d’enseignant, il faut d’abord revaloriser le désir de savoir”

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“On attaque l’idée même d’un rapport libre et désintéressé au savoir”, Adrien Louis.

“On attaque l’idée même d’un rapport libre et désintéressé au savoir”, Adrien Louis. © Jean-Christophe Milhet/Hans Lucas via AFP

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Alors que les épreuves du baccalauréat touchent à leur fin, nous avons dialogué sur l’état de notre système éducatif avec Adrien Louis, professeur de philosophie au lycée et à l’université, et auteur des Meilleurs n’auront pas le pouvoir. Une enquête à partir d’Aristote, Pascal et Tocqueville (PUF, 2021), pour lequel il a reçu le prix Émile Perreau-Saussine. Il tire un bilan sévère de la manière dont ont été appliquées les récentes réformes, sans prendre en compte la réalité du terrain et en soumettant l’institution à des contraintes administratives et pédagogiques aussi absurdes que contradictoires. Selon lui, une telle politique dessert l’objectif premier de l’école, qui est de transmettre un savoir.

 

Quel regard portez-vous sur la réforme du baccalauréat, et particulièrement sur l’instauration du contrôle continu ?

Adrien Louis : En introduisant une large part de contrôle continu dans la note finale du baccalauréat, cette réforme porte assurément atteinte au caractère national du diplôme et de l’examen. Mais son aspect le plus ubuesque tient précisément à l’effort déployé pour sauver les apparences d’un examen national, à travers le « plan local d’évaluation » que chaque lycée est supposé établir afin d’harmoniser les critères d’évaluation utilisés pendant le contrôle continu. Cette obsession de fournir un nombre déterminé de notes, sur des types déterminés d’exercice, pour finalement les harmoniser à un niveau d’abord local, mais à terme national, démoralise beaucoup le corps enseignant. D’autant que si les professeurs sont pour l’instant laissés libres de délibérer ensemble de leurs critères de notation, il semble qu’au final, tout cela ait vocation à fournir des normes universellement imposables venues « d’en haut ». L’impression dominante est donc que la liberté apparemment concédée aux enseignants est en fait celle de se donner leurs propres chaînes. Autant dire que ce n’est pas une impression très agréable.

“On attaque l’idée même d’un rapport libre et désintéressé au savoir” Adrien Louis

 

Ce mode d’évaluation nuit-il à l’apprentissage ?

En tout cas, il transforme significativement le rapport général au savoir, car les élèves rentrent dans une logique constante de négociation et de réclamation, et parce que les professeurs sont soumis à un impératif de notations et d’avancée dans le programme qui les prive de plus en plus de ces moments de respiration où ils peuvent partager leur savoir pour le simple plaisir de le partager. Il me semble que l’on attaque ainsi l’idée même d’un rapport libre et désintéressé au savoir, alors que ce rapport n’est tout de même pas étranger à la vocation d’enseignant ! C’est ainsi que des collègues passionnés ont ressenti pour la première fois de leur carrière une lassitude profonde du métier, ayant l’impression d’être devenus des correcteurs à la chaîne plus que des enseignants. Puisqu’il est souvent question de revaloriser le métier d’enseignant, on pourrait peut-être commencer par revaloriser le désir de savoir.

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