Cri du care
Grandeur et misère de la vocation d’infirmier
Des infirmières du service anesthésie-réanimation réalisent les soins sur des patients atteints du Covid-19 à l’hôpital Nord de Marseille en octobre 2020. © Anthony Micalef/Haytham/Réa
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Dans une enquête récente, des infirmiers dénoncent massivement la dégradation de leurs conditions de travail. Ce délabrement ne va-t-il pas finir par décourager la vocation de soignant ? Peut-on « perdre » une vocation, comme on perdrait un objet précieux ?
La vocation est indestructible
On peut d’abord considérer que la vocation ne se décide pas mais s’impose à nous, ce qui la rend apparemment indestructible. Issu du latin « vocare » – « appel » –, le mot puise son origine dans la Bible. Celui ou celle qui avait la vocation était appelé par Dieu à s’engager dans une vie religieuse. Dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme (1905), le sociologue Max Weber explique que sous l’impulsion du réformateur protestant Martin Luther, le concept de vocation s’est sécularisé. À partir du XVe siècle, ce ne sont plus seulement les prêtres et les religieuses qui peuvent être touchés par la « vocation », mais toutes les professions – du boulanger à l’artisan en passant par le médecin, ou, aujourd’hui, l’infirmier. Le concept de vocation constitue à lui seul une bonne raison – si ce n’est la meilleure – d’expliquer le choix d’une profession.
La vocation nous sauve de l’angoisse
Pour Weber, la vocation augmente la puissance de l’individu. La confiance qu’elle insuffle la rend particulièrement pérenne et stable dans le temps. Elle correspond à la joie saine et réconfortante d’avoir trouvé sa place dans le monde social, d’être exactement à l’endroit où l’on devrait être. La vocation se définit ainsi comme une manière d’être en pleine adéquation avec soi-même. C’est le cas des infirmiers qui se disent fiers de leur métier, et qui estiment (pour 71 % d’entre eux) « qu’ils renforcent le lien social sur leur territoire d’exercice ». Luther considère ainsi que la vocation est « le moyen approprié pour réagir contre le sentiment d’angoisse religieuse ». Face à la crainte du Salut, face à l’angoisse de la mort, exercer le bon métier, le « vrai métier » – celui qui est fait pour nous – est la meilleure façon de mener sa vie sur Terre.