Dossier / “L’IA et moi”

Eva Weber-Guskar : “Nous avons la possibilité d’enrichir notre répertoire émotionnel grâce à la technologie”

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Eva Weber-Guskar : “Nous avons la possibilité d’enrichir notre répertoire émotionnel grâce à la technologie”

En 2019, le robot phoque Paro, dans un centre pour des personnes souffrant de la maladie d'Alzheimer. Le robot Paro (robot social) est une interface avec laquelle les résidents du centre interagissent régulièrement. ©Yves Gellie/akg-images

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Cet article est issu du numéro 192 de Philosophie magazine « L’IA et moi », en kiosque le 21 août 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

S’attacher à une IA, éprouver de la joie ou de la colère à chacune de ses réponses, est-ce un problème ? Non, répond la philosophe allemande Eva Weber-Guskar, qui nous invite à réviser nos préjugés.

 

Vous proposez de parler de systèmes d’« intelligence artificielle émotionnalisée » [IAE]. De quoi s’agit-il ?

Eva Weber-Guskar : Il s’agit d’une niche dans la recherche en IA, créée dans les années 1990 par Rosalind Picard, qui a dirigé un laboratoire d’« informatique affective » au Massachusetts Institute of Technology. Les IAE peuvent se définir, de manière large, comme l’ensemble des systèmes informatiques entrant en relation avec les émotions de leurs utilisateurs humains, qui les suscitent ou les influencent. L’un des premiers systèmes de ce type, historiquement, ce sont les Tamagotchi, ces animaux de compagnie virtuels lancés par la société japonaise Bandai en 1996. Mais on peut donner d’autres exemples : l’application Replika, qui compte plus de 30 millions d’utilisateurs, vous permet de programmer un robot conversationnel en lui donnant un profil psychologique sur mesure et en choisissant le ton des échanges, qui peuvent être très intimes. Elle a connu un succès florissant durant le confinement. Il existe aussi des « robots sociaux » qui s’occupent des personnes âgées. On peut encore citer Paro [photo] un robot qui a la forme d’un bébé phoque et qui suscite de fortes réactions. Certains de ces systèmes sont équipés de caméras et sont entraînés à reconnaître vos émotions selon les changements d’expression de votre visage. Parfois, cela va plus loin, des capteurs suivent, par exemple, votre rythme cardiaque ou la conductivité de votre peau. Ces technologies sont utilisées dans le marketing pour tester les réactions des spectateurs aux publicités ou dans les supermarchés, car certaines caméras détectent les expressions de peur et d’affolement des gens qui s’apprêtent à voler (même si ce point est contesté). Enfin, depuis un an, tous les modèles de voiture de série vendus en Europe doivent intégrer un détecteur de fatigue.

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