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La maison de rêve de Gaston Bachelard
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« La maison individuelle » est un « non-sens écologique, économique et social », affirmait récemment la ministre du Logement Emmanuelle Wargon dans un éloge en creux du logement collectif. Mais peut-on bien vivre dans un appartement ? Gaston Bachelard en doutait, comme il l’explique dans son livre La Poétique de l’espace (1957). L’essentiel se tient, peut-être, entre ces deux radicalités.
Si les propos par trop définitifs d’Emmanuelle Wargon – qualifiant de « non-sens écologique » la « maison individuelle » – ont choqué une bonne partie des Français (qui rêvent à 75 % de s’offrir, un jour, une maison), son point de vue n’est pas dépourvu d’arguments. Il est plus facile de réaliser des économies d’énergie dans un immeuble – isolation des seuls murs extérieurs, mutualisation du chauffage, etc. Mais les avantages ne sont pas seulement écologiques, ils sont aussi sociaux et économiques : le logement collectif, en densifiant la population, favorise la mutualisation des services, publics comme privés (bus, supermarchés, écoles…) et facilite en partie le lien social (même si elle développe, aussi, l’anonymat).
Le contre-exemple aura été, de ce point de vue, le grand étalement des zones périurbaines dans les années 1970 : impossible de se passer de la voiture dans ces vastes espaces pavillonnaires, qui produisent une déconnexion progressive entre le lieu de vie et les centres d’activité, de rencontre, d’échange. Quelque chose, pourtant, résiste à ces arguments dans la manière dont nous nous imaginons l’habitation. Quelque chose sur lequel Gaston Bachelard – qui n’assista pas à l’étalement pavillonnaire – met le doigt dans son livre La Poétique de l’espace (1957).