L’aventure d’un classique

Élémentaires, mon cher Bachelard ?

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Cet article est issu du numéro 170 de Philosophie magazine « Il faut qu’on parle ! Le langage résout-il les conflits ? », en kiosque le 01 juin 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Après avoir considéré l’imaginaire qui entoure les éléments naturels comme des obstacles à la connaissance scientifique, Bachelard s’en empare finalement pour étudier le fonctionnement de l’esprit humain. Il procède méthodiquement, en consacrant un essai à chaque élément. Après vous avoir présenté L’Eau et les Rêves, nous vous proposons une brève description de ses ouvrages sur le feu, l’air et la terre.

 

 

La Psychanalyse du feu (1938)

Paru la même année que La Formation de l’esprit scientifique, cet essai annonce un tournant dans l’œuvre de Bachelard, tout en faisant encore état de méfiances à l’égard des « rêveries » qui font obstacle à la connaissance objective. La Psychanalyse du feu s’ouvre ainsi sur un avertissement : « L’objectivité scientifique n’est possible que si l’on a d’abord rompu avec l’objet immédiat, si l’on a refusé la séduction du premier choix, si l’on a arrêté et contredit les pensées qui naissent de la première observation. » Or le feu est de ces objets dont le pouvoir hypnotique est si intense, « où la séduction première est si définitive qu’elle déforme encore les esprits les plus droits et qu’elle les ramène toujours au bercail poétique où les rêveries remplacent la pensée, où les poèmes cachent les théorèmes ». Quels sont ces poèmes? Le feu est un élément ambigu, qui peut représenter autant le bien (la chaleur d’un foyer, d’une cheminée) que le mal (les flammes de l’enfer). Bachelard convoque Prométhée, Empédocle, Novalis ou encore Hoffmann pour cartographier la mythologie du feu. En résulte une approche épistémologique profondément originale.

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