L’aventure d’un classique

Thierry Paquot : “Bachelard invite à aller au-delà de la forme pour saisir la substance matérielle”

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Thierry Paquot : “Bachelard invite à aller au-delà de la forme pour saisir la substance matérielle”

Illustration William L. pour PM. Gaston Bachelard © AFP

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Cet article est issu du numéro 170 de Philosophie magazine « Il faut qu’on parle ! Le langage résout-il les conflits ? », en kiosque le 01 juin 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le philosophe Thierry Paquot a consacré à Bachelard l’essai Géopoétique de l’eau (Eterotopia, 2016). Pour lui, l’auteur de L’Eau et les Rêves recourt à la poésie, au rêve et aux mythes afin de provoquer un déclic suscitant le mouvement des idées. Un processus toujours pertinent à l’ère de la crise climatique, des sécheresses et du stress hydrique.

 

« Bachelard distingue l’image de l’imagination et de l’imaginaire. La première est fixe alors que l’imagination est un processus dynamique. L’imaginaire, quant à lui, est la collection des images qui s’attachent à un élément physique. Ces trois notions sont fondamentales et interviennent autant dans ses réflexions d’épistémologue que dans ses rêveries. Pour lui, toute idée est d’abord rêvée, ce n’est qu’ensuite qu’elle peut être théorisée. S’il recourt à la poésie, aux images littéraires, c’est qu’elle fonctionne comme un déclic pour penser et se révèle être un véhicule efficace pour le transport des idées. Comme toute pensée s’avère toujours dynamique, ininterrompue et réactive, Bachelard se méfie des définitions, qui bloquent ce mouvement naturel.

Bien qu’elle puisse dérouter au premier abord, l’écriture bachelardienne s’efforce d’être toujours accessible au néophyte en physique ou en philosophie. C’est pourquoi il se tourne vers la poésie et ses métaphores qui, étymologiquement, transportent le sens. Parce qu’elle use d’une image expressive qui provoque une émotion, la poésie exprime un déplacement – s’émouvoir, c’est d’abord éprouver un mouvement intérieur. Chez Bachelard, l’image poétique confirme une affirmation, un point de vue, une impression, sans qu’il juge nécessaire, par la suite, de l’argumenter. Voilà ce qui peut surprendre les adeptes d’une explication rationnelle, d’un raisonnement imparable.

Bachelard ne s’embarrasse pas d’un système philosophique, il pense en accordant à l’imagination un rôle moteur dans l’exploration du psychisme individuel. Celui-ci admet des “archétypes” qui relèvent d’un “inconscient collectif”. En cela il rejoint Jung, pour qui un archétype est “une forme de représentation donnée a priori”, et se détache de Freud, dont la psychanalyse lui paraît trop déterministe. Ne l’oublions pas, pour Bachelard, “l’imagination est un devenir”, comme il l’indique dans L’Eau et les Rêves. Elle est la fonction dynamique du psychisme, qui transforme le sujet imaginant par le biais même de l’imagination matérielle. Pour lui, l’archétype consiste en “une série d’images résumant l’expérience ancestrale de l’homme devant une situation typique”, ainsi qu’il le suggère dans La Terre et les rêveries du repos. Ce sont donc ces “images” qu’il décrit et analyse en usant de vers poétiques.

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