Thierry Paquot: “Ici, la pensée est jaillissante, généreuse”

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Le philosophe Thierry Paquot rend hommage à la « pensée pensante », jaillissante et généreuse, d'Henri Maldiney, disparu le vendredi 6 décembre 2013.

Durant mes études de philosophie, je n’ai jamais entendu parler d’Henri Maldiney. Il n’apparaît alors ni dans les programmes ni dans les bibliographies (j’ai pris un malin plaisir à le citer à plusieurs reprises dans le Dictionnaire des citations philosophiques, Larousse, 2010). J’achète Art et Existence, en 1985, l’année de sa parution, par hasard chez Gibert. Je trouve cet ouvrage difficile et néanmoins convaincant, du moins pour ce que j’en comprends… Lecture passionnante qui m’incite à me procurer Aîtres de la langue et demeures de la pensée (publié en 1975) et Regard, Parole, Espace (qui date de1973). Je découvre le mot « aître », qui désigne ce « qui est à l’extérieur », mais aussi un cimetière ou encore la disposition des pièces d’une maison…

C’est Chris Younès, que je rencontre au début des années 1980, qui me parle de Maldiney, non pas le penseur mais l’homme, il a été son directeur de thèse à Lyon. Nous organisons au Centre Thomas More (à La Tourette) un colloque pour ses quatre-vingt dix ans (Henri Maldiney. Philosophie, art et existence, Cerf, 2007). Là, je le rencontre et tombe sous le charme. Il est attentif et attentionné. Il écoute et réagit aux propos des uns et des autres avec conviction et simplicité, sans pontifier. C’est un homme solide, à l’air bienveillant, à l’accent affirmé, un montagnard qui retient de son expérience des cimes un vocabulaire fait de « prises », d’« ascensions », d’« horizons »  et de « respirations ».

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