Analyse

La démocratie du sommeil

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La démocratie du sommeil

(cc) Ktoine / Flickr

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Cet article est issu du numéro 17 de Philosophie magazine « 17 - mars 2008 », en kiosque le 28 février 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Lors des municipales les 9 et 16 mars 2008, les électeurs votent là où ils dorment. Mais leur lieu de résidence n’est pas forcément celui de leur envie de citoyens. Thierry Paquot, philosophe de l’urbain, s’interroge sur le découpage du territoire démocratique.

La démocratie n’est pas hors-sol. Certes, on pourrait voter par Internet depuis un train ou arpentant la ville sur ses rollers et ne plus se plier au rituel du bureau de vote et de l’isoloir, mais le lien entre un citoyen et un lieu demeure constitutif de la pratique démocratique. Depuis la Révolution de 1789 et malgré de réguliers – et très politiciens – redécoupages des circonscriptions et autres bidouillages de leurs délimitations, la France électorale connaît un emboîtement territorial auquel correspond peu ou prou un électeur. Celui-ci est convié à élire une ou un Président (échelon national), une ou un député (échelon européen et local) et une ou un maire (niveau municipal), sans oublier le Sénat et les cantons.

Or, il y a un problème : la France n’est plus rurale et il faudrait réformer les instances politiques en les articulant plus judicieusement aux territoires « réels » des citoyens pour concilier la géographie existentielle des habitants à la géographie électorale. Pourquoi élire seulement le maire de la commune dans laquelle je viens chaque soir me coucher et non pas aussi celui de la ville où je travaille, échange, me distrais ou apprends ? Après tout, résidant dans une commune de la banlieue parisienne, je me rends fréquemment dans la capitale, et le destin de celle-ci m’importe tout autant sinon plus que la gestion quotidienne de la ville où je suis domicilié. À dire vrai, je suis « Parisien » mais d’un « Grand Paris » à inventer, construire, expérimenter car je n’ignore pas que les défis (environnementaux, économiques, sociaux, etc.) que nous devons relever, réclament des réponses qu’une petite commune seule n’arrivera jamais à promouvoir.

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