Hors-série "Le sommeil"
Carmen Schröder : qu’est-ce qu’un sommeil réussi ?
© Rozenn Le Gall
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Cet article est issu du Hors-série n°N°56 de Philosophie magazine « Le sommeil », en kiosque le 09 février 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Oui, l’insomnie est un problème de société ; non, les heures de sommeil avant minuit ne comptent pas double. Quant à la durée idéale, il n’y en a pas. Chacun, défend Carmen Schröder, psychiatre au Centre des troubles du sommeil de Strasbourg (CIRCsom), doit respecter son propre rythme : encore faut-il le trouver, dit-elle, avec à la clef une société moins anxieuse.
Quels sont les différents troubles du sommeil ?
Carmen Schröder : L’ICSD (International classification of sleep disorders) distingue six groupes de troubles. Le premier, qui est aussi le plus fréquent, est l’insomnie. A priori tout le monde en a déjà fait une, et près de 20 % de la population en a de façon chronique. Second type de problème, les troubles du rythme circadien, le rythme biologique qui régit certains processus comme le sommeil et l’alimentation, dont le plus fréquent est le syndrome de retard de phase de sommeil. Ce dernier touche les gens qui ont tendance à s’endormir et se réveiller tard (les chronotypes du soir) : cette préférence circadienne n’est pas pathologique en soi mais le devient si la personne se trouve en conflit permanent entre son rythme interne et celui imposé par la société. C’est pourquoi, quand on prend des études à l’échelle populationnelle, on s’aperçoit que les chronotypes du soir ont une moins bonne santé mentale. Effectivement, ces personnes sont forcées à un lever précoce pour aller à l’école et au travail, et accumulent ainsi des dettes de sommeil chroniques qui les exposent davantage à des troubles anxieux ou dépressifs. Les quatre autres groupes de troubles sont, eux, plus rares. Il y a les troubles respiratoires du sommeil (apnée du sommeil), qui touchent environ 5 % de la population, pour la plupart des adultes. Puis le champ des hypersomnolences, avec des maladies rares et potentiellement sévères comme la narcolepsie et l’hypersomnie idiopathique (qui se traduit par des difficultés à se réveiller le matin et à maintenir l’éveil la journée). Il y a ensuite tout ce qui relève de la neurologie et des troubles moteurs au cours du sommeil, comme le syndrome des jambes sans repos et les mouvements périodiques nocturnes. Le dernier domaine est celui des troubles du comportement nocturne, avec les parasomnies (somnambulisme, terreurs nocturnes, cauchemars), qui concernent en particulier l’enfant.
Quels mythes sur le sommeil faut-il déconstruire ?
Le mythe le plus répandu est celui qui consiste à croire que les heures avant minuit comptent double : c’est évidemment faux ! Il vient du fait que les premières heures du sommeil sont les plus récupératrices et les plus décisives pour la mémorisation. Mais si, étant du soir, vous vous couchez à 2 heures du matin, les heures les plus reposantes seront simplement celles entre 2 et 5 heures – ça dépend juste de l’heure du coucher habituel. Autre mythe à déconstruire : l’idée selon laquelle, en matière de sommeil, de grandes règles s’appliquent à tout le monde (il faut se coucher tôt, dormir au moins sept heures, etc.). À rebours de ces croyances erronées, il vaudrait mieux privilégier une approche plus individualisée. Chacun a son propre rythme (horaires, durée du sommeil) et devrait le connaître et le respecter le plus possible.