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Pierre-Olivier Monteil : “Ricœur dissocie l’imagination du registre de la connaissance”

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Pierre-Olivier Monteil : “Ricœur dissocie l’imagination du registre de la connaissance”

Paul Ricoeur © Philippe Matasas/Opale photo

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Cet article est issu du numéro 178 de Philosophie magazine « Comment cultiver la bonne humeur ? », en kiosque le 21 mars 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

En 1975, Paul Ricœur donne deux cours à l’Université de Chicago sur l’imagination, notion qui irrigue sa pensée sans qu’il l’ait déjà vraiment traitée. Son second cours vient de paraître enfin aux éditions du Seuil. S’appuyant sur la peinture ou la poésie, Ricœur montre que l’imagination est un véritable problème philosophique, indissociable de l’action et de l’éthique. En préface aux extraits publiés dans notre nouveau numéro, Pierre-Olivier Monteil vous présente ce texte. 

 

« En 1975, Ricœur a prononcé deux cours en anglais à l’Université de Chicago, sur le thème de l’imagination. Le premier, “Idéologie et utopie”, est disponible depuis 1997 en français et s’intéresse à la dimension collective de l’imaginaire social. Le second, consacré à l’aspect plus anthropologique de la notion, est presque devenu l’objet d’un culte, tant sa traduction en français était attendue depuis des années. L’imagination est un thème que Ricœur n’a que rarement abordé frontalement dans ses essais. En revanche, il y fait souvent allusion par des approches indirectes. C’est le cas dans La Métaphore vive (1975), quand il explique que le sens émergeant de la métaphore “est et n’est pas” une erreur sémantique. Quand vous entendez pour la première fois l’expression “surfer sur Internet”, vous pouvez commencer par vous demander : “Mais quel est le rapport avec le surf ? Aller sur Internet et glisser sur une vague, cela n’a rien à voir.” Vous pensez donc d’abord à une erreur. Mais soudain cela fait sens ! Donc c’est et ce n’est pas une erreur. Cet écart maintenu entre deux propositions contraires mais possibles a lieu en imagination. Dans Soi-même comme un autre (1990), Ricœur invite à procéder au même écart imaginatif : il faut s’imaginer soi comme un autre, car il y a de l’altérité dans l’identité. Dans un recueil plus ancien intitulé Histoire et Vérité (1955), il évoque l’idée d’une Atlantide engloutie, d’un continent perdu, antérieur au rapport instrumental au monde, qui n’affleure qu’en certaines occasions en lien avec l’imagination poétique. 

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