Libertés

Petite métaphysique du grand air

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Petite métaphysique du grand air

© Jordan Whitt-Sob/Unsplash

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Sous couvre-feu depuis des mois, les Français ne mettent guère le nez dehors, ou pour un temps limité. Pourtant, profiter du grand air se révèle essentiel à bien des titres, comme l’illustre le livre L’Air et les Songes. Essai sur l’imagination du mouvement (1943), de Gaston Bachelard, que notre journaliste Ariane Nicolas a relu à la lumière de la crise. Et si l’on incitait les gens à aller dehors, où le virus – c’est prouvé ! – se transmet très peu, plutôt qu’à s’entasser chez eux ?

 

Fouler l’herbe d’un parc ou le chemin sablonneux d’une forêt, lever les yeux au ciel et humer l’air, apaisé… Cette sensation de plénitude, cela fait désormais un an que des millions de citadins en sont presque totalement privés. Avec le couvre-feu à 18 heures et l’épée de Damoclès du reconfinement qui pointe, les déplacements au grand air n’ont jamais été aussi difficiles – et convoités.

Profiter du grand air en pleine nature peut paraître anodin, une simple façon de faire passer le temps. Pourtant, cette activité présente des qualités insoupçonnées. Dans son livre L’Air et les Songes, Gaston Bachelard en décortique certains motifs : le ciel bleu, les nuages, le vent… Autant d’appels légers à la rêverie, dont nous ne saurions nous passer dans une période aussi éprouvante.

“Pour Bachelard, ce n’est pas en restant chez nous, dans ‘le détail de la vie’, que nous allons stimuler notre imagination. Le détail de nos vies étriquées appauvrit nos rêveries”

La contemplation du cosmos met l’imagination en mouvement. C’est l’une des principales vertus que l’on rencontre à lever la tête et observer la voûte céleste, que ce soit à la campagne ou sur un carré de pelouse en ville : « Il y a une activité de l’imagination quand il y a une tendance à passer au niveau cosmique, écrit Bachelard. Ce n’est pas dans le détail de la vie que se forment les rêveries valorisées. » Le détail de nos vies étriquées, centrées sur le travail et les courses depuis des mois, nous ne le connaissons que trop bien. À l’inverse, regarder le ciel offre une perspective de « dématérialisation » de nos existences. Nous nous retrouvons brièvement « dans un univers bleu et doux, infini et sans forme, au minimum de la substance ». Face à cet écrin azuré, le quotidien matériel s’efface. L’essai de Bachelard, qui articule réflexion métaphysique et références poétiques, insiste sur le besoin qu’il y a faire naître des images en soi, en laissant l’imagination vagabonder au gré des courants d’air : « Faire passer les images avant les idées. C’est là qu’est l’enchantement actif ! »

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