Cinquième vague
Covid-19 : peut-il être juste de confiner les personnes non vaccinées ?
Innsbruck (Autriche), le 15 novembre 2021. Des policiers veillent à l’application de la loi confinant, depuis ce jour, les citoyens autrichiens non vaccinés. © Jan Hetfleisch/Getty Images/AFP
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Pour endiguer la cinquième vague de Covid-19 et inciter sa population à se faire vacciner, l’Autriche a décidé de confiner les individus n’ayant reçu aucune dose de vaccin, soit environ deux millions de personnes (36% de la population). La mesure, dont le gouvernement français assure qu’elle ne sera pas prise sur notre territoire, suscite crainte et désapprobations. Quels arguments philosophiques peuvent plaider en sa faveur ? Réponse avec Platon, Thomas d’Aquin et Hans Kelsen.
Platon : l’argument de l’ordre social
Selon Platon, la justice, vertu cardinale, consiste à occuper de bon cœur dans la hiérarchie de la Cité – rassemblement dès l’origine d’êtres dissemblables et inégaux – la place à laquelle on a été assigné : « Un État est juste par le fait que chacun des trois ordres (artisans, soldats, archontes) qui le composent remplit sa fonction » (République, livre IV, vers -370). Peut-on faire un usage hétérodoxe de ce principe pour le transposer au cas autrichien ? Si l’on estime que les non-vaccinés perturbent le bon fonctionnement du pays en faisant peser sur ceux qui le gèrent le poids de leur prise en charge et de leur hospitalisation dans l’hypothèse où ils tomberaient malades, alors la mesure de confinement peut trouver ici une première légitimation.
Cloisonner une partie des Autrichiens n’est pas forcément injuste. Ne pas le faire au nom de la liberté de chaque citoyen à disposer de lui-même pourrait s’avérer trop coûteux pour l’ensemble de la population. Rappelons que si Platon était un antidémocrate convaincu, c’est parce qu’il tenait Périclès pour responsable de la décadence d’Athènes. De fait, Périclès, soucieux de montrer la grandeur de sa cité aux réfugiés de la guerre du Péloponnèse, ne ferma ni les théâtres ni l’agora quand la ville, surpeuplée, fut touchée par une terrible épidémie. Mal lui en prit : il fut emporté en -429 par la grande peste d’Athènes qui avait déjà tué ses deux fils et qui ne prit fin qu’en -426.