Entretien

Gil Delannoi : “Le tirage au sort sur la vaccination relève du marketing politique”

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Gil Delannoi : “Le tirage au sort sur la vaccination relève du marketing politique”

Gil Delannoi en 2014. © Didier Goupy/ SIGNATURES

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Comment expliquer la décision de tirer au sort trente-cinq Français pour suivre la campagne de vaccination contre le Covid-19 ? Gil Delannoi, philosophe spécialiste des procédures démocratiques et auteur de l’essai Le Tirage au sort. Comment l’utiliser ? (Les Presses de Sciences Po, 2019) répond.

 

Selon vous, le choix de tirer au sort trente-cinq Français pour accompagner la campagne de vaccination est-il une bonne idée ?

Gil Delannoi : Tel que le tirage au sort a été pensé, il me semble qu’il est à la fois novateur et limité. Novateur, parce que c’est une procédure qui a rarement été utilisée par les gouvernants de la Ve République et qu’elle représente un complément intéressant à la démocratie représentative. Mais limitée, parce que, au fond, le pouvoir n’a pas pris le risque d’en faire quelque chose d’obligatoire ni de vraiment représentatif, les personnes contactées pouvant refuser de siéger. Il me semble que ce tirage au sort a plus l’apparence d’un jury émettant des avis que celle d’une assemblée. C’est une forme de marketing politique appliqué à une politique publique, dans la mesure où tout cela reste très encadré : comme pour la Convention citoyenne sur le climat, nos dirigeants se servent du tirage au sort dans des institutions qui restent sous leur contrôle. Si les conclusions des personnes tirées au sort (élus du sort ou lotis) vont à l’encontre du résultat escompté, les gouvernants pourront toujours revenir dessus. Ce n’est d’ailleurs pas forcément une mauvaise chose en soi, puisqu’un tirage au sort sans contrôle serait aussi certainement critiqué ! Mais dans le cas de la campagne de vaccination, on reste quand même dans la demi-mesure. Ce n’est pas une révolution.

 

Comment interprétez-vous ce nouveau recours au tirage au sort, après la Convention citoyenne sur le climat ?

J’y vois l’envie de montrer que le pouvoir n’est pas coupé de la population. D’une manière générale, c’est la grande vertu du tirage au sort : il permet d’avoir un contact différent avec les administrés, qui ne soit pas celui de l’élection, ni du sondage, ni du rapport de police, ni de l’enquête sociale. L’exécutif envoie un signal, il indique qu’il se préoccupe du lien entre gouvernés et gouvernants. On peut y voir deux motivations. L’une, un peu pessimiste, serait de dire que l’exécutif veut contourner le Parlement pour ne pas s’attirer trop d’ennuis (avec la création de commissions parlementaires, par exemple) et préfère se tourner donc directement vers la population. L’autre, plus positive, serait de penser que l’exécutif a été marqué par le mouvement des « gilets jaunes » et qu’il a entendu le désir populaire de participer davantage à la vie politique. C’est plutôt une bonne nouvelle, même si cela sous-entend que le point de vue des parlementaires ne reflète pas vraiment l’état de l’opinion ou les comportements des Français. 

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