2006-2026 : une histoire philosophique des vingt dernières années

2020 : apprendre à vivre avec la pandémie de Covid-19

Temps de lecture : 7 min

2020 : apprendre à vivre avec la pandémie de Covid-19

©Philo éditions

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Cet article est issu du numéro 200 de Philosophie magazine « On change d'ère ? “Philosophie magazine” a 20 ans ! », en kiosque le 04 juin 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’événement

16 mars 2020. Face à la progression du Covid-19, Emmanuel Macron annonce un confinement strict en France prenant effet dès le lendemain. Cette mesure inédite, prise dans le cadre d’une pandémie mondiale, ouvre un débat profond sur la gestion politique de l’urgence sanitaire, les libertés publiques et la solidarité collective.


Making-of

L’équipe de Philosophie magazine est elle aussi confinée et dispersée. Nos bureaux sont fermés, on ne sait pas quand il sera possible de paraître à nouveau. Notre directeur de la publication Fabrice Gerschel décide néanmoins de maintenir l’activité, et nous nous mettons à travailler pour tenter de penser l’événement. Sans savoir quand nous pourrons imprimer le mensuel, nous lançons alors une newsletter quotidienne dès le 17 mars, avec un frontispice dessiné par Catherine Meurisse et un entretien avec Marcel Gauchet. Elle atteint rapidement les 45 000 abonnés. Dans l’ensemble, les philosophes se sont ralliés à la politique sanitaire, mais quelques critiques du confinement ont été portées, notamment par André Comte-Sponville. Quant au philosophe italien Giorgio Agamben, il semble être quasiment devenu conspirationniste pour l’occasion ! Dans la newsletter, chaque membre de l’équipe écrit à son tour un billet où il raconte l’épidémie vue de l’endroit où il est… Ce moment a créé entre nous une nouvelle manière de travailler, plus consciente de la beauté du geste, mais aussi plus proche des lecteurs.


Extraits des articles publiés durant le confinement

Le réveil de la politique vu par Marcel Gauchet, au premier jour du confinement 

« Déclarer l’état de guerre est la seule manière que nous avons de nommer la portée de l’événement. Selon moi, il consiste dans la réapparition du politique, entendu au sens de ce qui assure l’existence et la permanence d’une communauté, d’une règle collective qui s’impose à tous parce qu’elle engage la vie et la mort de chaque membre. On a tellement oublié le politique en ce sens que la guerre est devenue la seule manière de désigner cet enjeu. »

➤ Retrouvez l’intégralité de l’entretien avec Marcel Gauchet


“L’intensité des relations revient” : Claire Marin, au troisième jour du confinement

« Nous expérimentons un temps suspendu, que nous allons sans doute avoir du mal à habiter. On peut se dire, au début, qu’on va rentabiliser ce temps offert et effectuer ce qu’on avait si longtemps reporté. À chaque fois que je me suis retrouvée coincée pour un long séjour à l’hôpital, je me suis dit que j’allais en profiter pour lire et pour écrire. Mais je n’y suis jamais arrivée. Pourquoi ? Parce que nous sommes dans la disposition spécifique d’une attente. Nous sommes préoccupés. Cette attente est ici doublée par le fait que nous éprouvons une angoisse profonde pour des proches. […] En réalité, nous traversons une situation inconnue qui active des angoisses que nous n’avons jamais vécues et qui pose des questions profondes à chacun. Nous sommes entrés dans un temps long absolument inédit, avec une totale incertitude. Cela va devenir de plus en plus angoissant. Et la question qui se pose est de savoir comment nous allons réagir. […] C’est une expérience corporelle. On est confiné dans un espace parfois restreint, surtout dans les villes. C’est une situation difficile pour ceux qui n’en ont pas l’habitude. Alors on remplit ce vide, par exemple en mangeant. On fait des gestes élémentaires, qui prennent du temps. On s’applique à faire les choses lentement. C’est une expérience archaïque. Mais on dort mal. Néanmoins, la chance que nous avons par rapport à d’autres époques est la possibilité d’accéder aux autres, notamment en téléphonant. La voix revient. On s’appelle plus souvent. Tout ce qui reste d’incarné revient en force, devient vital et émouvant. […]

On se rend compte de ce qu’il y a de superficiel dans nos vies, et quels sont les liens qui comptent ou qui nous manquent. En amour, cela permet d’y voir un peu plus clair – soit sur des relations qui vivotaient, soit sur des relations naissantes dont on voit tout d’un coup qu’elles nous soutiennent ou nous nourrissent, même à distance, même dans la frustration. L’intensité des relations revient, pour le meilleur et pour le pire, car les conflits s’intensifient aussi. »

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