Rencontre
Le Covid-19 à l’épreuve de la collapsologie
Portrait de Raphaël Stevens (à gauche) et Pablo Servigne (à droite) en 2015. © Jérôme PANCONI/Opale via Leemage
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Cet article est issu du numéro 146 de Philosophie magazine « 2021, on improvise ! Comment agir dans l’incertitude », en kiosque le 14 janvier 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Fondateurs de cette théorie de l’effondrement, Raphaël Stevens et Pablo Servigne viennent de faire paraître l’ouvrage collectif Aux origines de la catastrophe (Les Liens qui libèrent). Ils tentent d’y repérer les causes, proches ou lointaines, de la crise écologique. Une méthode que nous leur avons proposé d’appliquer au cas particulier de la pandémie de Covid-19.
En tant que collapsologues, aviez-vous vu venir le Covid-19 ?
Pablo Servigne : La littérature scientifique documente depuis fort longtemps le risque pandémique. Cependant, Raphaël et moi n’avons compris que la théorie était en train de se réaliser qu’un mois avant le confinement ! Nous avons alors annulé nos participations à des festivals. Nous avons aussi fait des stocks, craignant des ruptures d’approvisionnement. Un mois d’avance, pour des spécialistes de l’effondrement, je vous accorde que c’est très peu ! [rires] L’une des leçons concrètes de cette histoire est que, en cas de choc local – une sécheresse frappant une région, par exemple –, c’est de l’organisation globale, de la possibilité de demander de l’aide à l’extérieur, que vient la résilience. Inversement, en cas de choc global – une pandémie –, la résilience passe par le local, le circuit court, les initiatives à petite échelle.
Aux origines de la catastrophe débute par un texte de l’écrivain Alain Damasio, sur ce qu’il appelle le « technococon ». Avec le confinement, chacun s’est trouvé enfermé avec ses écrans. Est-ce l’un des éléments clés de cette crise ?
P. S. : Durant la pandémie, j’ai pu écrire, m’occuper de notre revue Yggdrasil, faire des interventions en visioconférence… Le « technococon », pour reprendre l’expression d’Alain Damasio, est ambivalent. Il nous donne l’impression d’avoir un grand pouvoir, d’avoir accès à toutes les informations du monde, aux services… Mais il nous ôte de la puissance et de la vitalité, puisque nous restons assis derrière un écran et que nos corps s’étiolent. Par rapport aux chasseurs-cueilleurs du Néolithique, nous ne savons pas vivre en immersion dans notre environnement. Un virus survient, et nos corps dévitalisés, habitués aux aliments et aux médicaments industriels, sont vulnérables.