Dialogue

Pablo Servigne, Raphaël Stevens : la collapsologie face au Covid-19

Temps de lecture : 7 min

Portrait de Raphaël Stevens (à gauche) et Pablo Servigne (à droite) en 2015

Portrait de Raphaël Stevens (à gauche) et Pablo Servigne (à droite) en 2015. © Jérôme PANCONI/Opale via Leemage

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Prémices de l’effondrement, vengeance de Gaïa, opportunité inédite de sauver la nature : les analyses du lien entre crise pandémique et crise écologique ne manquent pas. Pour Pablo Servigne et Raphaël Stevens, les plus célèbres collapsologues de France, ce lien est d’abord d’origine : les modes de vie que nous développons depuis des millénaires sont à la source de ces deux crises.

 

Vous écrivez depuis des années sur l’effondrement et les risques systémiques. En tant que collapsologues, aviez-vous vu venir le coronavirus ?

Pablo Servigne : La littérature scientifique documente depuis longtemps le risque pandémique. De nombreux articles évoquaient la possibilité qu’une zoonose, plus précisément une maladie transmise par des animaux sauvages et attaquant les voies respiratoires, se diffuse sur la planète. Cependant, Raphaël et moi n’avons compris que la théorie était en train de se réaliser qu’un mois avant le confinement ! Nous avons alors annulé nos participations à des festivals, fait des stocks, craignant des ruptures d’approvisionnement. Un mois d’avance, pour des spécialistes de l’effondrement, je vous accorde que c’est très peu ! (Rires) L’une des leçons concrètes de cette histoire est que, en cas de choc local – une sécheresse frappant une région par exemple –, c’est de l’organisation globale, de la possibilité de demander de l’aide à l’extérieur, que vient la résilience. Inversement, en cas de choc global – une pandémie –, la résilience passe par le local, le circuit court, les initiatives à petite échelle.

 

Aux origines de la catastrophe s’ouvre sur un texte du romancier Alain Damasio concernant ce qu’il appelle le « technococon ». Avec le confinement, chacun s’est trouvé enfermé derrière ses écrans. C’est l’un des éléments-clés de cette crise ?

P. S. : Durant la pandémie, j’ai pu écrire, m’occuper de notre revue Yggdrasil, faire des interventions sur Zoom… Dans mon hameau de la Drôme, tout cela passait par un fil de cuivre. Il aurait suffi d’un coup de sécateur, et j’aurais perdu la possibilité de travailler. Le « technococon », pour reprendre l’expression de Damasio, est ambivalent. Il nous donne l’impression d’avoir un grand pouvoir, d’avoir accès à toutes les informations du monde, aux services… Mais il nous ôte de la puissance et de la vitalité, puisque nous restons assis derrière un écran et que nos corps s’étiolent. Par rapport aux chasseurs-cueilleurs du Néolithique, nous ne savons pas vivre en immersion dans notre environnement. Un virus survient, et nos corps dévitalisés, habitués aux aliments et aux médicaments industriels, sont vulnérables.

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