Entretien

E. Cappellin : “Prendre conscience de la crise climatique passe par une alliance d’émotion, d’information et de courage”

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Emmanuel Cappellin, réalisateur du film “Une fois que tu sais”

Emmanuel Cappellin, réalisateur du film “Une fois que tu sais”. © Nour Films

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Avec son premier film, le documentaire Une fois que tu sais, le réalisateur Emmanuel Cappellin nous entraîne dans une quête scientifique, partant à la rencontre de ceux qui, dans le monde, étudient le réchauffement climatique et ses conséquences. En résulte un film en forme de récit initiatique, qui explore la manière dont nous pouvons composer avec le nouveau réel qui se dessine sous nos yeux.

 

D’où vient le titre, « Une fois que tu sais » ?

Emmanuel Cappellin : C’est d’abord une réplique prononcée par Richard Heinberg, l’un des quatre protagonistes du film que je suis allé rencontrer, très connu aux États-Unis pour avoir vulgarisé la notion de « pic pétrolier » et « d’épuisement énergétique ». On le découvre à la caméra comme quelqu’un de très humain et touchant, et qui nous ouvre à l’aspect personnel de son engagement puisqu’il est allé lui-même jusqu’à ce qu’il considère comme le sacrifice ultime, qui est de ne pas avoir d’enfants. Est-ce réellement le sacrifice ultime ou non, cela reste bien sûr discutable et personnel, toujours est-il que l’on sent chez lui les conséquences profondes de son savoir sur la manière dont il considère l’existence. C’est ainsi qu’à un moment de notre rencontre, il nous dit : « Once you know, you will never be the same » (« Une fois que tu sais, tu ne seras plus jamais le même »). L’ambiguïté du savoir, qui peut être émancipateur tout autant que toxique, est l’une des questions à l’origine du film et qui se reflète dans ce titre. Initialement intitulé « Une fois qu’on sait », nous l’avons rebaptisé pour rendre compte de manière plus saisissante de ce processus intime et personnel que le spectateur est amené à traverser.

 

Le film joue effectivement sur le registre de l’intime. Est-ce cela, la prise de conscience de la crise climatique, une épopée avant tout individuelle ?

C’est l’histoire que l’on essaye de raconter, en donnant à voir une sorte de récit initiatique. Les récits initiatiques mettent souvent en scène des jeunes personnes qui basculent dans le monde adulte à travers différents rites de passage, qui peuvent être culturellement admis, comme le service militaire ou des événements festifs. Personnellement, ce sont d’abord des lectures et des images qui m’ont fait prendre conscience de la crise climatique et qui m’ont poussé ensuite, pendant les huit ans qu’a duré la réalisation de ce film, à rencontrer ces éminents scientifiques. Et puis, pendant la réalisation du film, je suis devenu père et je me suis enraciné dans un village, alors cette quête intellectuelle a croisé ces grandes étapes initiatiques qui ponctuent la vie. Le film se termine sur l’image d’un enfant qui saute au-dessus d’un feu lors de la Saint-Jean. Dans mon village, cela fait partie des rites de passage des enfants de 8-9 ans, et implique toute une préparation où ils se mouillent les cheveux, puis s’élancent. Cela peut être très impressionnant. Il y a cette idée de passer l’épreuve du feu.

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