Des classiques pour éclairer le présent
Donner la vie dans un monde en péril
Hannah Arendt (© DPA/Picture Alliance/Leemage) et Emil Cioran (© AFP)
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Selon le nouveau rapport du Giec, le pire est à venir. Ce sont les enfants nés en 2021, qui devraient subir de plein fouet les conséquences du réchauffement climatique. Donner la vie en 2021 serait donc un cadeau empoisonné si l’on suit Emil Cioran. Mais, à en croire Hannah Arendt, ne s’agirait-il plutôt de la promesse d’un changement ?
La naissance, un cadeau empoisonné ? C’est l’interprétation pessimiste de la naissance est confirmée par le philosophe roumain Emil Cioran, pour qui naître est un calvaire d’autant plus détestable qu’on ne l’a pas choisi. À rebours de ce pessimisme, Hannah Arendt, dans Condition de l’homme moderne (1958), envisage la naissance comme un véritable miracle : une promesse de changement sans cesse renouvelée. Ces deux pensées radicalement opposées approfondissent les raisons philosophiques d’avoir des enfants dans une période troublée, ou, à l’inverse, de refuser d’en avoir.
Cioran et la naissance comme condamnation à perpétuité
« Trois heures du matin. Je perçois cette seconde, et puis cette autre, je fais le bilan de chaque minute. Pourquoi tout cela ? – Parce que je suis né. C’est d’un type spécial de veilles que dérive la mise en cause de la naissance. » Ce sont les premiers mots du livre De l’inconvénient d’être né (1973) d’Emil Cioran. Un ouvrage qu’aucun parent n’a envie que son enfant n’écrive, car remettre en cause sa naissance, c’est s’en prendre indirectement à ceux qui l’ont provoquée.
Et des raisons de regretter sa naissance, il y en a de plus en plus. À commencer, ni plus ni moins, par la menace de la destruction de la planète – le berceau des enfants à naître, chaque jour un peu plus fragile. Dans le prérapport d’évaluation du Giec qui a fuité dans la presse, ce n’est donc pas des adultes d’aujourd’hui que parlent les scientifiques, mais de leur progéniture. « Le pire est à venir, avec des implications sur la vie de nos enfants et nos petits-enfants bien plus que sur la nôtre », peut-on lire dans les extraits dévoilés.