Écologie
Simplicité et rêverie : la vie troglodytique selon Bachelard
Midyat, province de Mardin (Turquie), le 16 avril 2022. Des archéologues exhument des artefacts du IIe et IIIe siècle lors de la découverte d’une cité souterraine dans le district de Mardin, en Turquie. © Halil Ibrahim Sincar/Anadolu Agency via AFP
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Les vestiges d’une des plus grandes villes troglodytiques du monde ont été récemment découverts à Midyat, en Turquie. Le site pouvait accueillir jusqu’à 70 000 personnes. Mais pourquoi donc habiter sous terre ? Éléments de réponse en compagnie de Gaston Bachelard.
Protection
La grotte « est à la fois la première et la dernière demeure », note Bachelard dans La Terre et les rêveries du repos (1948). Logis de certains de nos lointains ancêtres préhistoriques, à Lascaux ou Chauvet, elle dit quelque chose du sens de l’habiter humain. « L’acte d’habiter se développe presque infailliblement aussitôt qu’on a l’impression d’être abrité », souligne en effet Bachelard. Habiter, c’est se protéger du déchaînement des forces élémentaires, et contre la violence des hommes ; c’est se replier dans un espace délimité, qui nous arrache à l’illimitation du monde, et contrôler le surgissement des menaces, animales, naturelles ou humaines, qui ne viennent plus de n’importe où, mais doivent emprunter l’intervalle, précis, de l’entrée. Or, précisément : « La cavité parfaite est un monde fermé ». Et cet espace clos n’est pas conquis par l’homme, il est directement donné par la nature, sous la forme d’une grâce quasi surnaturelle : « La terre offre des antres, des tanières, des grottes » – là où la maison implique la médiation d’une construction.