Habitat
Poétique du pavillon
Une rue de la résidence du Parc a Lésigny. Le constructeur-promoteur, William Jaird Levitt, a conçu le tracé des rues et l’alternance des motifs architecturaux de façon à ce qu’aucune perspective ne puisse donner l’impression de constructions en série, ce que ces pavillons sont pourtant. Photographie extraite de “Pursuit of Happiness”. © Julie Balagué/Signatures
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« Dans le pavillon, d’un façon un peu mesquine, l’homme moderne habite en poète », écrit le philosophe français Henri Lefebvre dans la préface de L’Habitat pavillonnaire (L’Harmattan, 2001). Cette idée que l’on habiterait le pavillon de manière un peu médiocre, comme un poète au rabais, cristallise toute l’ambiguïté de la résidence périurbaine : est-elle un vestige de la poésie du monde ou une énième mesquinerie de la modernité ?
Le vilain petit pavillon
Le pavillon renvoie souvent à l’image d’Épinal de la « petite vie bien rangée ». C’est ce que résume, non sans cynisme, l’écrivain Jean-Philippe Blondel dans le livre Juke Box (Robert Laffont, 2004). « Je ne veux pas de pavillon Phénix. Je ne veux pas de Tupperware, ni de gâteaux faits dans les Tupperware. Je ne veux pas de tapis achetés en solde chez Mondial Moquette avec cette ristourne pour le personnel hospitalier que l’on n’accorde jamais. Je ne veux pas me marier, […] me coucher à huit heures du soir juste après Des chiffres et des lettres, […] passer mes soirées devant la télévision à regarder les autres vivre. »
Pour le narrateur de ce livre – et pour beaucoup d’autres –, le rêve pavillonnaire serait donc une chimère. La joie d’avoir son petit pavillon renverrait à un bonheur « discount », essentiellement fondé sur la possibilité de posséder des biens matériels. Les vastes zones commerciales qui environnent les banlieues périurbaines ont contribué à penser le pavillon comme résultat, ou plutôt symptôme, du capitalisme sauvage. Il serait la traduction d’une idéologie à la fois conformiste et consumériste.
Le pavillon a ainsi donné son nom à « l’idéologie pavillonnaire », théorisée par le philosophe Henri Lefebvre dans la préface de l’ouvrage collectif L’Habitat pavillonnaire, co-écrit par le sociologue Henri Raymond. Fondée sur « la conscience de propriété et de propriétaire », cette idéologie traduit selon ses auteurs un désir de possession, envisagé comme un mouvement individualiste de repli dans la cellule familiale. Bien loin de la vie de bohème renvoyée par l’idée « d’habitat poétique », il s’agit pour chacun de conquérir une place au soleil et un petit bout de jardin.