Entretien

Bertrand Badie : “La peur des Français, comme celle de nombreux Européens, se trompe d’objet”

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Bertrand Badie : “La peur des Français, comme celle de nombreux Européens, se trompe d’objet”

Le 9 juin 2024, des centaines de manifestants de gauche se sont rassemblés sur la place de la République, à Paris, suite aux résultats de l’extrême droite, arrivée en tête des élections au Parlement européen. © Luc Auffret/Anadolu via AFP

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Au lendemain des élections européennes marquées par l’avancée des partis d’extrême droite, l’effondrement des écologistes et la dissolution de l’Assemblée en France, nous avons demandé au politiste Bertrand Badie, spécialiste des relations internationales, de tirer les premières leçons de l’événement. Le risque pris par Emmanuel Macron d’un gouvernement d’extrême droite en France lui apparaît, pour la France comme pour l’Europe, porteur d’un danger de paralysie redoutable à l’heure des grandes menaces.


 

Les droites nationalistes et souverainistes devraient occuper un quart du Parlement européen. L’Union est-elle en péril ?

Bertrand Badie : La poussée des partis d’extrême droite était prévue et aurait même pu être bien plus importante. Le centre de gravité politique du Parlement européen semble être malgré tout préservé et l’affaiblissement programmé de la gauche n’a pas été si brutal que cela. Dans les pays scandinaves, elle reprend même du terrain sur la droite nationaliste et souverainiste. Finalement, ces élections signent moins le bouleversement du champ institutionnel européen qu’une déstabilisation profonde des comportements électoraux, observable déjà depuis quelques années.

 

Une déstabilisation qui vit surtout au rythme des configurations politiques nationales ?

Dans une certaine mesure, bien sûr. Le bond de l’Union chrétienne-démocrate en Allemagne n’a pas de signification très profonde et révèle surtout l’usure d’une coalition écolo-socio-démo-libérale qui a toujours été très fragile. De la même façon que le score du Rassemblement national (RN) reflète un fort rejet du macronisme. On n’a presque jamais vu un parti présidentiel faire 14% des votes à une élection…

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