Casque de réalité virtuelle. J’ai fait un rêve
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 108 de Philosophie magazine « Pourquoi tout peut arriver », en kiosque le 23 mars 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Contrairement à ce qui se joue dans notre sommeil, le simple fait de porter ce masque sur les yeux nous immerge dans une altérité dont nous devenons les pilotes.
La langue induit parfois en erreur. En français, nous disons : « J’ai fait un rêve », laissant entendre que le rêveur y serait peut-être pour quelque chose. Pourtant, tout le monde sait qu’il n’en est rien. Le rêve s’impose à nous, projetant devant nos yeux des images, des sons, des paroles, des odeurs parfois, des mots aussi. Les Grecs de l’Antiquité affirmaient, de manière plus correcte, qu’ils « voyaient un rêve », espérant que celui qui le leur donnait à voir était bien intentionné. Un dieu, espéraient-ils, ou un mort, un ancêtre… Leur langue distinguait du reste deux sortes de rêve : enupnion (littéralement « ce qui se produit dans le sommeil ») et oneiros, « la vision », nécessairement envoyée par une puissance. En arabe, on dit aussi : « J’ai vu un rêve », et là aussi on espère qu’il ne résulte pas de l’action de djinns ou de sheytanes qui se seraient infiltrés durant le sommeil. Quant à l’hébreu, il préserve la spécificité irréductible du rêve en usant d’une formule redondante : « J’ai rêvé un rêve. »