Technologie / Intelligence artificielle
ChatGPT, une révolution régressive
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Cet article est issu du numéro 167 de Philosophie magazine « Est-ce qu’on travaille trop ? », en kiosque le 16 février 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le système informatisé de langage ChatGPT développé par OpenAI n’est pas tout à fait l’avènement d’un monde nouveau, n’en déplaise à ses concepteurs. C'est ce que nous explique le philosophe Pierre Cassou-Noguès, auteur de La Bienveillance des machines (Seuil, 2022).
Avec ChatGPT, nous sommes en train de vivre l’énième promesse de basculer dans une ère où l’intelligence artificielle (IA) change de nature et va définitivement dépasser les capacités humaines. Depuis les exploits du superordinateur Deep Blue – qui avait battu le champion du monde Garry Kasparov aux échecs en 1997 – ou, plus récemment, ceux d’AlphaGo au jeu de go, la Silicon Valley nous vend le mythe de la Singularité, soit la prophétie du point de basculement dans un monde nouveau qui serait dominé par les machines. Ce discours est une façon d’attirer l’attention médiatique et celle des investisseurs.
Que fait ChatGPT ? Il produit des suites de mots. Il s’agit d’un algorithme qui calcule la suite la plus probable d’un texte. Il peut produire des dissertations de philosophie, des articles, des romans ou même une recette de cuisine.
Les applications conversationnelles existent depuis bien longtemps. Déjà en 1963, l’informaticien Joseph Weizenbaum avait mis au point Eliza, un programme capable de relancer une conversation en rebondissant sur tel ou tel mot. Au point que sa secrétaire l’utilisait comme psychanalyste ! Plus récemment, l’artiste Grégory Chatonsky a utilisé une application pour écrire des romans. ChatGPT, lui, semble encore plus précis. Les dissertations ont l’air crédible, mais il nous faut du temps pour en évaluer la pertinence. Même si la base de données est immense et que le Wikipédia anglais ne constitue que 0,6 % de sa mémoire, attendons de voir si les réponses ne finissent pas par se standardiser.